Ce vendredi 11 novembre, le GCA Benoît Durieux, Directeur de l’IHEDN et Mgr de Romanet, évêque aux Armées françaises, ont débattu sur un concept toujours d’actualité, formalisé dès l’Antiquité et que la tragédie de la guerre en Ukraine remet en lumière. Au-delà de ce que les religions prônent, et que les États devraient mettre en pratique, existe-t-il une façon de ne pas recourir à cette forme de violence exacerbée ? A l’heure des nouvelles conflictualités, de la guerre de l’information, au cyber en passant par la guerre hybride, que dire de la pertinence de ce concept ?

Qu’est-ce que la guerre juste ?

Ce vendredi 11 novembre, le GCA Benoît Durieux, Directeur de l’IHEDN et Mgr de Romanet, évêque aux Armées françaises, ont débattu sur un concept toujours d’actualité, formalisé dès l’Antiquité et que la tragédie de la guerre en Ukraine remet en lumière. Au-delà de ce que les religions prônent, et que les États devraient mettre en pratique, existe-t-il une façon de ne pas recourir à cette forme de violence exacerbée ? A l’heure des nouvelles conflictualités, de la guerre de l’information, au cyber en passant par la guerre hybride, que dire de la pertinence de ce concept ?

Aux origines étaient les penseurs antiques. La paternité de la guerre juste serait à trouver chez Cicéron qui définit comme guerre « juste » les guerres appuyées sur le respect d’une alliance, la défense contre une agression, et ayant pour but l’établissement d’une paix durable. Saint Augustin prolonge et impose ce concept. Dans un empire qui devient chrétien et qu’il s’agit de défendre, si la guerre continue d’être tenue pour un mal en soi, elle peut être un recours afin d’éviter un mal plus grand encore. Il y a donc de mauvaises guerres et de bons combats. La guerre juste s’appuie alors sur un triptyque : défense de la Patrie, de ses citoyens et de la propriété. C’est une guerre de défense, entreprise pour punir les méchants, une guerre de protection et de restauration des droits particuliers menacée ou violés. Saint Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, va la théoriser : « Pour qu’une guerre soit juste, elle doit être déclarée par une autorité publique compétente, la cause doit en être juste, et l’intention de celui qui la mène doit être droite ». La chrétienté n’a donc accepté la guerre que comme un mal à prendre en compte, en cherchant à l’encadrer de toutes les façons possibles.

Avec la naissance des États modernes et l’ordre westphalien, la guerre juste ne disparaît pas pour autant mais se trouve désormais intégrée dans le droit de la guerre (jus ad bellum) qui reprend peu ou prou les grandes orientations définies par l’Église, et jusque dans la Charte des Nations unies. En outre, le Vatican déploie une diplomatie active qui prône – y compris dans les temps les plus sombres – une forme de dialogue entre les parties. Dès le concile Vatican II, en appelant les dirigeants à refuser le risque de l’holocauste nucléaire, les papes se font les chantres du désarmement. Y aurait-il donc une nouvelle évolution avec le pape François ? Dans son encyclique Fratelli tutti (3 octobre 2020), il appelle à un retour de la fraternité universelle, à un monde ouvert (sans murs, sans frontières, sans exclus et sans étrangers). Soulignant combien la guerre ne peut être une solution, le pape affirme que « les risques [dans la guerre] seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible ‘’guerre juste’’. Jamais plus la guerre »1.

Pourtant, cette encyclique mérite d’être relue à l’aune de la guerre en Ukraine et de la façon dont François et l’Église se sont engagés dans ce dialogue : lors de la bénédiction Urbi et orbi pour les Pâques 2022, en exhortant les peuples à ne pas s’habituer à la guerre : « Que ceux qui ont la responsabilité des Nations entendent le cri de paix des gens »2 et plus récemment, dans le contexte d’escalade et de menace nucléaire, le 2 octobre dernier, en demandant au Président de la Fédération de Russie d’« arrêter cette spirale de violence et de mort », y compris « pour le bien de son peuple » et au Président de l’Ukraine, d’être « ouvert à des propositions de paix sérieuses »3.

Parler de guerre juste, c’est aussi en effet accompagner la construction de la paix ; et les militaires, au quotidien, dans nos sociétés ouvertes et démocratiques, se font bâtisseurs de paix, en prévenant le déchainement des violences et en garantissant, pour le mieux qu’ils le puissent, la protection des populations. Faut-il souligner combien, en apportant un soutien à l’Ukraine, en donnant les moyens aux soldats agressés de se défendre et de défendre leurs infrastructures bombardées, il y a toujours cette volonté de servir et de protéger les plus faibles ?