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Barbara Kunz : « Il faudra que la France et l’Allemagne développent une vision commune »

La chercheuse de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm livre son analyse sur l’architecture de sécurité européenne, et les positions des différents États du continent vis-à-vis de la Russie et de l’OTAN, après deux ans de guerre en Ukraine.

Docteure en science politique, Barbara Kunz est directrice du programme Sécurité européenne de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Ses recherches portent donc sur la sécurité sur le continent, mais aussi sur la coopération sécuritaire transatlantique et la relation de défense franco-allemande.

Dans un entretien avec l’IHEDN à l’occasion des deux ans du conflit d’agression russe en Ukraine, elle détaille les positions française, allemande et celles des pays du flanc oriental de l’Europe, des pays baltes et scandinaves, vis-à-vis de la Russie et de l’OTAN.

Selon elle, en Europe, « il y a un peu deux écoles » : ceux qui disent qu’il faut isoler complètement la Russie, et d’autres estimant qu’il n’y a aucun doute sur la menace russe, mais disent pragmatiquement « qu’il faut trouver un moyen de vivre à côté de la Russie, de trouver un minimum de coopération pour le contrôle des armements » notamment.

Les durs se trouvent sur le flanc est : pays baltes, Pologne, Roumanie, « des pays ayant des expériences historiques avec la Russie qui les rendent peut-être plus sceptiques quant à la possibilité de vivre » avec elle.

La France est « plutôt du côté pragmatique ». Mais « où se positionne l’Allemagne, il est assez difficile de le dire » aujourd’hui, estime la politiste, alors que pendant la Guerre froide elle penchait du côté pragmatique.

Barbara Kunz a « l’impression que le débat sur l’architecture de sécurité européenne n’a pas vraiment commencé ». Pour qu’il débute, « il faudra que la France et l’Allemagne développent une vision commune ». La première pousse vers une autonomie stratégique européenne en complément de l’OTAN, alors que la seconde est fermement atlantiste.

Alors que « les Européens entre eux auront sans doute du mal à se mettre d’accord sur l’approche à suivre », l’impulsion viendra peut-être de l’autre côté de l’Atlantique, le 6 novembre : « Le facteur décisif, ce seront les élections américaines. » Selon la chercheuse, en cas d’élection de Trump ou d’un autre républicain favorable à un moindre engagement de son pays en Europe, l’idée d’autonomie stratégique européenne reviendra en force, car « quel autre plan B avons-nous ? »

Pour elle, une chose est certaine : « Le conflit entre l’Occident et la Russie ne se terminera pas le jour où la guerre en Ukraine se terminera. Il faut se préparer à des relations antagonistes dans la grande durée. »