Invasion de l’Ukraine, quatre ans après
Pour analyser le conflit de haute intensité déclenché le 24 février 2022 par la Russie, l’IHEDN propose dans ce dossier spécial une interview où le directeur de l’École de guerre revient sur l’état des forces en présence, et deux articles sur l’usage des drones et les menaces hybrides, avec les éclairages de militaires, chercheurs et praticiens.
Il y a quatre ans, le 24 février 2022, la Russie lançait une offensive à grande échelle en Ukraine, faisant basculer dans la haute intensité la guerre d’agression qu’elle avait déclenchée en février 2014 par l’annexion de la Crimée.
En quatre années, outre ses répercussions géopolitiques, le conflit russo-ukrainien a livré de nombreux enseignements en matière d’art de la guerre, tout en laissant le grand public français un peu perdu quant à son évolution. À travers les éclairages de spécialistes et de praticiens, l’IHEDN propose donc d’en résumer les principales étapes opérationnelles jusqu’à ce jour, et d’en analyser deux aspects parmi les plus marquants.
Dans cet entretien, le général de division aérienne Vincent Breton, directeur de l’École de guerre depuis 2025 et ancien directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, livre son analyse sur les évolutions de ce conflit, l’état des forces en présence et les enseignements à en tirer pour les armées occidentales :
« Quatre ans après le début de l’offensive à grande échelle, le bilan est calamiteux pour la Russie qui n’atteindra probablement jamais, par les seuls moyens militaires, les objectifs stratégiques qu’elle s’était fixés. Elle ne parvient pas à capitaliser sur sa supériorité militaire théorique et elle n’arrivera jamais à s’emparer de l’Ukraine dont elle contrôle moins de 20% des territoires, y compris la Crimée.
Cette guerre lui a été très coûteuse en vies humaines […] : depuis février 2022, les FAFR auraient subi environ 1,2 million de pertes (tués, blessés et disparus) […].
Moscou affichait également l’objectif d’éloigner l’OTAN de ses frontières. Là aussi c’est un échec cuisant pour le Kremlin, puisque la Suède et la Finlande – qui avaient toujours tenu à maintenir leur neutralité – ont rejoint l’OTAN en 2023 et 2024, augmentant de 1300 km la ligne de contact entre la Russie et l’OTAN. »
En l’espace de quatre ans, les drones ont pris une importance majeure dans ce conflit, au point qu’on estime en moyenne à 10 000 le nombre de drones employés chaque jour par chacun des deux belligérants, début 2026.
Pour analyser ce bouleversement dans l’art de la guerre, trois spécialistes nous éclairent :
- Le général d’armée (en 2e section) Grégoire de Saint-Quentin, président de la société de conseil GEOS, ancien sous-chef d’état-major des armées chargé des opérations.
- Le consultant Mat Hauser, cofondateur de Dronivka, société spécialisée dans les services drones à destination des armées et des industriels.
- Le chercheur Ronald Hatto, ancien officier d’artillerie, professeur de relations internationales à Sciences Po Paris.
Depuis février 2022, les ingérences hybrides se multiplient, ciblant les failles des États européens afin d’en affaiblir la cohésion. Quels sont les buts et formes de ces attaques, et quelles réponses sont-elles mises en place en France et en Europe ?
En mettant l’accent sur la guerre informationnelle, trois spécialistes apportent leurs réponses à ces questions :
- Le général de division aérienne (en 2e section) Jean-Marc Vigilant, ancien directeur de l’École de guerre et chercheur associé à l’IRIS.
- Le chercheur Maxime Audinet, titulaire de la chaire « Stratégies d’influence » à l’INALCO, spécialisé dans la lutte informationnelle et la politique étrangère russe.
- Un ancien cadre des services de renseignement français, dont l’ex-profession requiert l’anonymat.