CHEDN-IHEDN

Table des matières

Conduire la guerre, globaliser la défense, construire la résilience

Dédié initialement à la préparation « des hauts fonctionnaires, des officiers généraux ou supérieurs et des personnes particulièrement qualifiées au point de vue économique ou social à tenir les emplois les plus élevés dans les organismes chargés de la préparation et la conduite de la guerre » (décret du 30 janvier 1949), l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) a vu ses missions évoluer à l’aune dont la défense de la France est pensée. Ainsi, à partir de la Cinquième République, l’IHEDN est devenu le lieu d’explication de la politique de défense devenue globale, et notamment de la dissuasion nucléaire.

Toutefois, ses abondantes archives, encore largement inexploitées, révèlent la richesse d’un passé qui s’étend bien en amont de sa naissance officielle, en 1948-1949. Elles confirment l’influence de cet établissement à part sur l’enseignement militaire supérieur en raison de sa conception de la défense nationale. Fort de sa tradition, raffermi dans sa vocation propre par la réforme des instituts intéressant la défense et la sécurité décidée en 2008, l’IHEDN a aujourd’hui entrepris un vaste programme de rénovation afin de poursuivre son action et développer son influence dans un environnement totalement modifié, celui du concept de sécurité nationale.

Aux origines de l’IHEDN, le Collège des hautes études de défense nationale (1936-1939)

L’IHEDN est l’héritier direct du Collège des hautes études de défense nationale (CHEDN) institué durant l’été 1936. Sa création est l’aboutissement d’une dynamique de fond, initiée avant 1914, qui pousse à l’inscription des problèmes militaires dans un cadre plus global, celui du concept émergent de « défense nationale ». Mais sa création est aussi, sur le moment, le produit de la rencontre d’un concept audacieux, d’une volonté politique affirmée et d’un homme capable d’organiser le fonctionnement d’un établissement de formation atypique.

Le premier conflit mondial a entraîné une prise de conscience nouvelle des enjeux liés à la guerre, phénomène désormais total auquel aucun pan de la société ne peut échapper. Dès le début des années vingt est mise en chantier la grande loi « sur l’organisation de la Nation pour le temps de guerre » qui sera votée en juillet 1938. Le Conseil supérieur de la défense nationale, créé en 1906, voit son rôle renforcé. Il est en particulier doté d’un véritable exécutif, qui prend le nom de Secrétariat général à la défense nationale (SGDN) à la fin des années vingt. Au début de la décennie suivante, un nouveau cap est franchi avec l’instauration pour la première fois, en 1932, d’un « ministre de la Défense ». Pour gouverner l’ensemble des administrations militaires, il s’appuie sur un Haut comité militaire composé, pour chaque armée, du vice-président de son conseil supérieur et de son chef d’état-major général.

Pour autant, ce ministre unique n’est pas doté d’une administration dédiée et l’expérience ne dure que quelques mois. Mais l’aggravation de la situation internationale va relancer la nécessité d’une prise en compte globale de la défense nationale. L’année 1936, spécialement, voit les menaces se préciser avec le coup de force que constitue la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne nazie, les provocations de l’Italie mussolinienne et les débuts de la guerre d’Espagne. Au sein de la classe politique, un homme a particulièrement conscience de ces menaces. Déjà ministre de la Guerre entre décembre 1932 et janvier 1934, Édouard Daladier retrouve ce portefeuille en juin 1936, dans le cadre du gouvernement de Front populaire. Vice-président du conseil, désormais également en charge de la défense nationale, il entend développer la coopération entre les trois armées, habituées à agir de façon cloisonnée, et développer la collaboration entre militaires et civils. Édouard Daladier est en effet convaincu que la guerre ne se joue plus dorénavant dans le seul domaine militaire. Pour avancer, il peut s’appuyer sur le Comité permanent de la défense nationale, qui vient de remplacer le Haut comité militaire, et où les ministres non militaires peuvent désormais être admis.

C’est lors d’une réunion du comité que la décision de créer le CHEDN est prise le 29 juillet 1936. Le projet proposé par Édouard Daladier recueille l’assentiment de la Marine et de l’armée de l’Air, mais l’armée de Terre se montre plus réservée. Le maréchal Pétain, partisan d’un commandement unique attribué à l’armée de Terre, sur le modèle allemand, avance une contre-proposition visant à établir un collège interarmées, qui ne serait qu’un prolongement des centres des hautes études d’armée déjà existants.

Le ministre parvient néanmoins à imposer ses vues et va trouver en la personne du vice-amiral Raoul Castex l’homme capable de les mettre en œuvre. Préfet maritime et commandant en chef de la 2e région maritime à Brest depuis septembre 1935, l’amiral est rappelé à Paris pour prendre la tête du nouvel établissement. Il cumulera cette responsabilité avec la direction de l’École de guerre et du Centre des hautes études navales, qu’il a déjà exercée en 1932-1935, après avoir été l’adjoint de leur commandant en 1926-1928. Familier de ces deux établissements, où il n’a cessé de professer depuis le début des années vingt, cet officier est un véritable théoricien, dont les travaux font déjà autorité à l’époque, en particulier ses célèbres Théories stratégiques, publiées entre 1929 et 1935.

Même limitée à la Marine, cette riche expérience au sein de l’enseignement militaire supérieur est sans doute décisive pour comprendre les raisons de l’adhésion immédiate de l’amiral au projet de collège. « Les conditions dans lesquelles est assurée, actuellement, la formation des cadres supérieurs des forces armées de terre, de mer et de l’air, ainsi que celle des officiers destinés à constituer les grands états-majors, ne correspondent plus aux exigences de la défense nationale ». Le constat de carence dressé par le rapport introductif au décret du 14 août 1936, créant le nouvel établissement, n’est pas contesté par Castex. De ce fait, il souscrit sans difficulté à l’ambition qui fonde le collège. Il aura «  pour objet d’étudier l’ensemble des problèmes généraux que soulèvent la préparation de la Nation à la guerre ainsi que la conduite en général des opérations des forces armées de terre, de mer et de l’air ».

Le nouvel établissement s’installe au 32, boulevard Victor, dans les bâtiments achevés peu auparavant pour l’École nationale supérieure de techniques avancées. « Ce n’est certes pas une tâche facile que de créer de toutes pièces une institution de l’importance de ce Collège des hautes études de défense nationale qui nous réunit aujourd’hui pour la première fois », relèvera le vice-amiral Castex lors de son discours inaugural, le 15 octobre 1936. Et de souligner : « [cette mission] est beaucoup plus malaisée encore lorsqu’il faut faire surgir du néant un tel organe en très peu de temps, en l’espace de deux mois pour tout dire, sans aucun précédent du genre, dans notre pays tout au moins ». À l’époque, seul en effet le Royaume-Uni s’est doté d’un établissement de ce type avec l’Imperial Defense College, inauguré à Londres près de dix ans plus tôt, en janvier 1927, et dont le modèle a influencé Édouard Daladier.

Le décret du 14 août 1936 assigne au nouvel établissement la mission d’étudier l’ensemble des problèmes généraux que soulèvent, sur le plan gouvernemental, la préparation de la Nation à la guerre et la conduite de celle-ci. Il s’agit de créer entre les auditeurs « une unité de sentiment, de pensée et de doctrine qui sera le meilleur gage de l’unité d’action pour préparer en temps de paix et assurer en temps de guerre la défense du pays ». La formation académique des auditeurs est ainsi présente, mais seulement de manière indirecte, comme une conséquence du travail en commun. Celui-ci doit répondre au double objectif fondateur du Collège, affirmer d’une part la coopération interarmées, d’autre part la combinaison des efforts des civils et des militaires dans la préparation et la conduite de la guerre.

La première session du CHEDN, qui s’ouvre en octobre 1936, compte 27 auditeurs, dont 19 militaires et 8 civils (un par ministère représenté). L’effectif reste modeste si on le rapporte à ceux des centres des hautes études des trois armées qui accueillent plus du double d’auditeurs, dont une trentaine pour la seule armée de Terre. Dès la seconde session, le nombre d’auditeurs civils sera d’ailleurs multiplié par deux à la demande de Castex. Au total, jusqu’à la guerre, 105 fonctionnaires, répartis en trois sessions sont formés au CHEDN, dont 42 civils. La brève existence de cet établissement tout comme le volume réduit des effectifs et le nombre restreint d’auditeurs civils, ne peuvent qu’avoir limité son influence dans la préparation de la France au conflit qui éclate en septembre 1939. Toutefois, sa création correspond à un premier palier dans l’émergence du concept nouveau de défense nationale. Malgré les réticences de certains, le CHEDN a permis à des officiers des trois armées et des fonctionnaires civils issus de plusieurs ministères d’étudier non seulement les problèmes liés à la stratégie militaire, mais encore tous ceux qui ont une répercussion sur la conduite de la guerre, qu’ils soient politiques, financiers, sociaux, psychologiques…

Sous la Cinquième République, l’identification de l’IHEDN à la défense globale

En 1936-1939 comme en 1948-1949, les missions du CHEDN et de l’IHEDN s’exerçaient dans un cadre identique, préparer des civils et des militaires à la conduite de la guerre. Avec l’ordonnance du 7 janvier 1959, la défense devient globale et permanente : elle est désormais l’affaire de tous. L’IHEDN doit diversifier ses publics afin de prendre en compte les différentes composantes de la société française. Peu à peu, l’Institut devient le lieu où la politique de défense, conçue et menée par le gouvernement, leur est présentée et expliquée. Il n’est plus question de préparer des spécialistes à la guerre, mais d’initier aux problèmes de défense des cadres de l’État et du secteur privé. Dans cette perspective, le général de Gaulle accorde à l’Institut un intérêt particulier. Il y délivre une conférence en 1961, devenant le premier président de la République à s’y exprimer. Dès l’année précédente, le Premier ministre avait prononcé à l’IHEDN une allocution sur la politique de défense de la France, établissant ce qui allait devenir une tradition annuelle, à de rares exceptions près.

Le décret du 6 mars 1979 signé par le Premier ministre, Raymond Barre, confirme une réalité déjà existante : la session nationale s’est largement ouverte aux milieux étrangers à la Défense, y compris ceux qui ne partagent pas la vision du gouvernement. Désormais rattaché au Premier ministre, l’Institut est devenu le foyer de rayonnement et de diffusion de l’esprit de défense dans la Nation. Selon les termes du décret, sa mission est de « réunir des responsables de haut niveau appartenant à la fonction publique, aux armées et aux différents secteurs d’activité de la Nation en vue d’approfondir leurs connaissances en matière de défense par l’étude en commun des grands problèmes qui se posent dans ce domaine ».

Cette orientation a été préparée par la renaissance du Centre des hautes études militaires (CHEM) en 1951-1952. Désormais interarmées, il est le seul établissement d’enseignement militaire supérieur à s’inscrire entièrement dans cette dimension. La direction du nouveau centre a été confiée au directeur de l’IHEDN de manière à assurer l’unité du nouveau dispositif, on y reviendra. Inversement, l’Institut n’a dorénavant plus vocation – comme durant les premières années ‑ à assurer seul la synergie entre les armées dans le domaine de l’enseignement militaire supérieur de troisième niveau.

À partir de cette époque, les « chemistes » sont accueillis à l’Institut, contrairement à ce qui était avant-guerre. Et pour cause, le décret instituant le CHEDN prévoyait que les auditeurs militaires avaient, « en principe, déjà suivi les cours des centres des hautes études de leur armée ». Dorénavant, les deux formations sont menées parallèlement, même si une partie significative des « chemistes » n’est pas astreinte, au départ, à suivre l’ensemble des enseignements dispensés à l’IHEDN. Ce hiatus sera officiellement résorbé par le décret de 1979 qui précisera que « les officiers généraux et supérieurs nommés auditeurs du CHEM par décision du ministre chargé des armées sont de droit auditeurs de la session nationale de l’Institut ».

À cette date, le public de l’IHEDN n’a cessé de se diversifier, le nombre d’auditeurs de la session nationale s’établissant à 84 dans les années quatre-vingt. Au milieu de cette décennie, après un quart de siècle d’existence, le Collège et l’Institut ont accueilli depuis leur création quelque huit mille auditeurs dans des sessions nationales et régionales, dont deux tiers sont des personnalités civiles.

Afin de lui donner l’ensemble des moyens nécessaires à la poursuite de ses missions et devant une situation financière délicate, le décret du 5 décembre 1997 érige l’IHEDN en établissement public administratif, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Il peut désormais recevoir de l’argent en rémunération de ses activités. Si les missions demeurent globalement inchangées, les voies mises en œuvre pour les accomplir se diversifient et les moyens dédiés s’accroissent. L’organisation de l’IHEDN évolue en conséquence pour s’articuler désormais autour de trois directions : une direction de l’administration générale et des moyens, une direction des études de prospective et des formations centralisées, une direction des activités décentralisées et des relations avec les associations. Les effets de cette réorganisation sont rapidement visibles : les publics continuent de se diversifier, l’audience de l’Institut augmente. Toutes sessions confondues, le nombre d’auditeurs s’accroît : en 2009, ils sont ainsi 2500 à avoir bénéficié durant l’année d’une formation de l’Institut.

Ainsi pendant quelque soixante-dix ans, fort des traditions d’un CHEDN précurseur, l’IHEDN n’a cessé de s’adapter aux nécessités d’une défense devenue au fil des années globale, c’est-à-dire l’affaire, non seulement des armées, mais de toutes les composantes de la Nation.

À l’issue de la guerre, la renaissance des hautes études de défense nationale

Le second conflit mondial confirme la justesse des intuitions qui ont présidé à la création du CHEDN. Cette guerre totale a mobilisé l’ensemble des ressources des États impliqués, dépassant largement le simple cadre militaire. Aussi, à la Libération, la nécessité de rouvrir le Collège s’impose, d’autant plus que les questions de défense demeurent à l’ordre du jour et vont rapidement retrouver une importance majeure.

Le conflit s’est terminé en août 1945 grâce à l’emploi de l’arme nucléaire par les Américains contre le Japon. Les perspectives traditionnelles en matière de puissance militaire en sont bouleversées. Par ailleurs, la reconquête de l’Indochine débouche, fin 1946, sur un conflit qui ouvre le cycle des guerres coloniales. L’année suivante, l’aggravation des tensions Est-Ouest correspond aux débuts de la Guerre froide : elle va rapidement devenir « chaude » avec le blocus de Berlin, en 1948-1949, puis la guerre de Corée, à partir de 1950. La fin des années quarante voit ainsi le début d’un réarmement d’une ampleur supérieure à celui opéré dix ans plus tôt. Un effort d’autant plus nécessaire que les États-Unis ont rapidement perdu le monopole de l’arme nucléaire, désormais également détenue par l’URSS.

Combinée à la nécessité de tirer les leçons du désastre de 1940, cette conjoncture oblige la France à repenser la formation de ses élites, en premier lieu militaires, aux questions de défense. Après plusieurs mois de débat, le Comité de défense nationale adopte le 1er octobre 1946 un schéma d’ensemble pour réorganiser l’enseignement militaire supérieur. Un « Centre des hautes études de défense nationale et d’économie de guerre » en constituera le troisième niveau, après celui des écoles de guerre (deuxième niveau) et celui des écoles d’état-major (premier niveau). Cette décision montre que l’expérience du CHEDN n’a pas été perdue et confirme l’importance de son héritage. L’ajout de la mention « économie de guerre » témoigne d’une prise en compte renforcée des aspects non militaires de la défense nationale. Enfin, le nouvel établissement est initialement désigné comme un « centre », non comme un « collège », ce qui en fait l’héritier des centres des hautes études développés successivement par chaque armée depuis 1911, à l’heure où il n’est pas prévu de les rouvrir. Le terme d’ « institut » sera néanmoins préféré, car jugé porteur de davantage de notoriété et de rayonnement.

Comme en 1936, le nouvel établissement a besoin d’un homme pour le diriger et, en premier lieu, le mettre en place. Dès février 1947, le général d’armée Charles Mast est nommé à la tête du nouvel Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Dès sa prise de fonction, le directeur mène des études préparatoires pour la mise en place de l’Institut sous l’autorité du général d’armée Alphonse Juin, chef d’état-major de la Défense nationale. Il met ainsi à profit l’année 1947 pour visiter l’Imperial Defense College de Londres, ainsi que les deux organismes nouvellement créés aux États-Unis : le National War College et l’Industrial College of the Armed Forces. À son retour, il soumet ses propositions au président du Conseil, Paul Ramadier, à qui la constitution de la Quatrième République confie désormais la direction de la défense nationale. « La mission à attribuer à l’Institut des hautes études semblant devoir être la formation des états-majors civils ou militaires susceptibles d’agir en cas de conflit », lui écrit-il, « il est nécessaire de confier l’étude de l’organisation de l’Institut à un organisme mixte, civil et militaire, comprenant des représentants des principaux ministères intéressés ». Mast ne sera pas suivi sur ce dernier point, mais la mission ainsi définie s’apparentera bien à celle du Collège de l’entre-deux-guerres, la mixité entre responsables civils et militaires demeurant un principe fondateur.

La filiation avec le CHEDN est renforcée par les circonstances. Compte tenu des difficultés budgétaires aiguës de l’époque, le ministre des Finances s’oppose à la création d’un nouveau centre d’enseignement militaire supérieur. Le directeur décide alors de considérer l’IHEDN comme une renaissance du CHEDN en s’appuyant sur ses textes d’origine, ce qui permet de contourner l’obstacle financier. Celui-ci n’en demeure pas moins un souci jusqu’au bout. Ainsi, le nouvel établissement ouvre ses portes alors que le décret l’établissant officiellement n’est pas encore paru… Le 29 novembre 1948, Paul Ramadier, désormais ministre de la Défense nationale, inaugure néanmoins la première session.

Rendant compte de l’événement, la presse de l’époque prend acte des nouvelles formes des conflits et de la nécessité de repenser leur prise en compte. « Il est devenu banal de rappeler qu’une guerre moderne est totale », peut-on lire dans Le Figaro, « que le choc des armées n’est plus qu’un épisode et que toutes les branches de la vie nationale, économique, politique, sociale doivent contribuer à l’effort commun. Dans tous les domaines, les problèmes posés seront immenses. Il est donc nécessaire qu’un centre intellectuel réunisse une élite de civils et de militaires destinés à seconder le gouvernement dans la préparation et la conduite de la défense nationale, ainsi que dans l’administration et la gestion du pays en guerre, et capables également de définir, à l’usage des états-majors et des organes civils de direction, une doctrine unique pour l’ensemble du pays ».

Trois mois plus tard, le décret du 20 février 1949 confère enfin une existence légale à l’IHEDN. Preuve de son importance, il est signé par la plupart des membres du gouvernement (27 sur 32). Ce texte inscrit l’Institut dans la lignée directe du CHEDN : étudier l’ensemble des problèmes généraux que soulèvent, sur le plan gouvernemental, et désormais également dans un cadre interallié, la préparation de la Nation à la guerre et la conduite de celle-ci.

Mais la vocation pédagogique de l’établissement est désormais plus clairement identifiée. Il doit, en premier lieu, former le personnel civil et militaire indispensable à l’échelon gouvernemental et à l’échelon immédiatement subordonné pour assurer la préparation et la conduite d’un conflit. C’est cet effort de formation qui lui permettra de « contribuer à l’établissement d’une doctrine de défense nationale ». Le rôle de l’Institut dépasse donc largement l’étude de la coopération interarmées : elle s’étend à tous les domaines de l’activité nationale et implique la connaissance de la politique mondiale. Il s’ouvre en direction d’auditeurs provenant du monde de l’entreprise, publique ou privée, on y reviendra. La première session est ainsi composée selon les principes voulus par l’amiral Castex dès les origines, c’est-à-dire un tiers d’auditeurs militaires, un tiers appartenant à la fonction publique et un tiers appartenant au secteur privé. Tous sont sollicités pour réaliser des études, le plus souvent demandées par les ministères.

La recherche tient en effet une place importante dans ce nouvel Institut, ainsi que le souligne le général Mast dans son rapport de fin de session adressé au ministre de la Défense : « La recherche en elle-même […] est un enseignement souvent plus fécond que l’enseignement proprement dit. C’est bien dans cet esprit que nous avons travaillé et si parfois nos auditeurs ont exprimé leurs opinions de façon quelque peu absolue c’est précisément qu’ils ont conscience de ce caractère de laboratoire et de libre recherche, qu’en le comparant à l’École pratique des hautes études vous assigniez à l’Institut ».

Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, la réforme de l’IHEDN

Afin de ne pas subir les effets néfastes de la mondialisation et de demeurer l’acteur de sa propre liberté, la France modifie en 2008 sa politique pour garantir sa sécurité et assurer la défense de ses intérêts. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale expose une stratégie de sécurité nationale, fondée sur de nouveaux principes et portée par une ambition européenne et internationale. Cette stratégie a pour objectif de parer aux risques et menaces susceptibles de porter atteinte à la vie de la Nation. Elle associe, sans les confondre, la politique de défense dans sa totalité, la politique de sécurité intérieure et de sécurité civile pour partie, ainsi que d’autres politiques publiques, au premier rang desquelles la politique étrangère et la politique économique. L’Institut des hautes études de défense nationale, dont la nécessité est au demeurant renforcée par cette nouvelle donne, s’en trouve naturellement affecté. Le Livre blanc précise que l’Institut a vocation à se réorganiser en un pôle « défense-affaires étrangères », mais aussi à « diversifier et ouvrir aux niveaux national et international » son champ de formation.

Le décret du 23 juin 2009 inscrit dans les textes cette évolution majeure. Le champ de compétences de l’Institut est recentré sur les questions de défense, de politique étrangère ainsi que d’armement et d’économie de défense. La mission d’approfondissement en commun de ces trois matières est analogue à celle des décrets de 1979 et 1997. En revanche, l’Institut doit aussi préparer « à l’exercice de responsabilités de cadres supérieurs militaires et civils, Français ou étrangers, exerçant leur activité dans le domaine de la défense, de la politique étrangère, de l’armement et de l’économie de défense. » Sa mission de formation est clairement identifiée, et non confondue avec celle de diffusion des savoirs à laquelle elle se rajoute. C’est un retour aux sources, cinquante ans après la création de l’IHEDN. De même, « dans les domaines relevant de sa mission, l’Institut peut conduire seul ou en coopération avec d’autres organismes français et étrangers, des études ou des recherches ».

Une série d’évolutions institutionnelles marque cette nouvelle donne. Le 1er janvier 2010, l’IHEDN fusionne avec le Centre des hautes études de l’armement. Par ailleurs, il contribue désormais, en sa qualité d’institut spécialisé, aux formations organisées pour les diplomates par le ministère des Affaires étrangères et européennes. Parallèlement, l’IHEDN se rapproche de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), dans le respect de l’identité des deux établissements.

Sous peine de devenir une sorte de conservatoire de traditions reçues, l’IHEDN s’adapte donc aux évolutions de l’objet des hautes études de défense nationale et entreprend un vaste processus de rénovation portant sur tous les aspects de son rôle, de ses objectifs et de son fonctionnement. Un nouveau projet d’établissement décline les domaines et finalités de cet organisme de formation permanente, ainsi que les principes pédagogiques généraux retenus. Ce projet est envisagé à travers deux éléments. Le premier, permanent, est constitué par les trois champs disciplinaires que sont les questions de défense, de politique étrangère, d’armement et d’économie de défense, cœur du contenu des formations. Le second, variable, tient à la finalité des formations (diffuser des connaissances, sensibiliser ou promouvoir tout ou partie des champs disciplinaires) et au type d’auditoire (brassé ou homogène, essentiellement français ou très international).

À l’automne 2010, l’Institut entame pour la première fois un cycle de formation avec deux sessions nationales, la 63e session « Politique de défense » et la 47e session « Armement et économie de défense ». Parallèlement, il contribue à la formation aux questions de défense de jeunes diplomates de l’Institut diplomatique et consulaire. Plus généralement, l’Institut postule pour être reconnu comme l’un des partenaires spécialisés susceptible de concourir au renforcement des qualités managériales des cadres à haut potentiel, tel que défini par la circulaire du 10 février 2010 relative aux cadres dirigeants de l’État. Enfin, des groupes d’auditeurs de l’IHEDN et de l’INHESJ étudient ensemble des sujets communs de sécurité nationale (Frontex, Cyberespace).

Depuis 1949, une politique d’autonomisation et d’ouverture de l’IHEDN

Implanté sur le site prestigieux de l’École militaire, au cœur de l’enseignement militaire supérieur, l’IHEDN a néanmoins tracé sa propre voie. En témoigne, en premier lieu, l’accroissement de ses effectifs. Ils ont plus que triplé depuis sa création, passant de 33 personnes en 1949 (on compte alors 8 civils, soit seulement le quart du total) à 97 personnes en 2010, dont 31 militaires, qui représentent désormais moins du tiers des effectifs.

Ce renversement pourrait contraster avec la nomination quasi systématique d’un officier général à la tête de l’établissement. Inspecteur général des finances, Jean-Marie Essig est l’exception qui confirme la règle : il dirige l’Institut en 1958-1960, après en avoir été le directeur adjoint. Les autres directeurs sont tous des officiers généraux, avec une prime nette à l’armée de Terre qui fournit près de 60 % du total (18 sur 32), la Marine et l’armée de l’Air se partageant le reste à parts égales. Parmi eux, on relève la présence d’anciens chefs d’état-major d’armée durant les années cinquante (le vice-amiral d’escadre André Lemonnier en 1950-1951, le général d’armée Clément Blanc en 1955-1958). Plus tard, il faut noter le nom du général de corps d’armée Georges Buis, théoricien du feu nucléaire et de la dissuasion, mais aussi romancier et journaliste, qui assure la direction de l’Institut entre 1969 et 1972.

La nomination d’un officier général comme directeur de l’Institut s’explique par la situation de monopole qui est la sienne, à l’origine, en matière d’enseignement militaire supérieur de troisième niveau. On l’a vu, cette situation évolue néanmoins rapidement avec la résurrection du Centre des hautes études militaires (CHEM), en 1951-1952, sous une forme interarmées et dans le cadre d’un dispositif articulé avec celui de l’IHEDN. Son directeur se voit donc naturellement confier la responsabilité du nouveau centre : établissement exclusivement militaire, il ne peut être commandé que par un officier général. Par la suite, un second cumul vient renforcer cet impératif, avec la direction de l’enseignement militaire supérieur cette fois. Initialement limitée à la dimension interarmées, cette direction va prendre toute son importance dans le cadre des réformes des années 2000. L’articulation des deux organismes, CHEM et IHEDN, sera renforcée à partir de 2009, leurs programmes pédagogiques étant désormais élaborés de concert.

Le système ainsi construit vient équilibrer l’évolution du positionnement institutionnel de l’IHEDN, marqué par une autonomisation croissante. Dès sa création, une étape est en effet franchie par rapport au CHEDN, qui dépendait directement du ministre de la Défense nationale et de la Guerre. Bien que « placé, par délégation, sous la haute autorité » de son successeur, l’Institut relève désormais du président du Conseil. Trente ans plus tard, le décret du 6 mars 1979 pousse la logique à son terme puisque l’IHEDN ne dépend plus que du Premier ministre. Le décret du 5 septembre 1997 confirme cette tutelle et transforme l’Institut en un établissement public administratif. L’IHEDN quitte ainsi le périmètre de l’enseignement militaire supérieur et peut recevoir une rémunération pour ses activités. Le décret du 23 juin 2009 n’a pas remis en cause cette réforme fondamentale. Pour la première fois, en 2010, la 63e session nationale est sujette à tarification.

 

Cette évolution est allée de pair avec une politique d’ouverture et s’en est nourrie. Dès 1954, la création des sessions régionales permet à de nombreux auditeurs potentiels, qui ne peuvent venir à Paris du fait de leurs obligations professionnelles, de suivre localement un cycle de formation de l’IHEDN. La première session régionale est également organisée en 1954, et se déroule à Alger en avril-juin. Appelées à l’origine « Cycles régionaux d’information de défense nationale », ces sessions sont organisées par la suite quatre fois par an dans les grandes villes du territoire national, y compris outre-mer. L’effectif, la composition et les activités de chaque session régionale se calquent sur ceux de la session nationale. Seule leur durée est plus courte. À partir de 2010, leur périmètre d’activité est élargi à celui de la défense et de la sécurité nationale. Leur public est volontairement plus diversifié que celui des sessions nationales, car leur vocation est de contribuer à la construction de la résilience. Leur dimension internationale, notamment européenne, est également réaffirmée. Entre avril 1954 et novembre 2010, plus de 13 600 auditeurs ont ainsi participé à 182 sessions régionales.

En dehors de la province, l’IHEDN s’est aussi rapproché du monde universitaire. De ce point de vue, le décret du 6 mars 1979 a marqué une étape fondamentale. Il a en effet permis à l’Institut d’apporter « son concours aux universités et aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche qui exercent des activités dans le domaine de la défense ». Deux décennies plus tard, le décret du 5 septembre 1997 conforte l’IHEDN dans cette dynamique en précisant les modalités de son action en la matière. L’article 2 lui donne désormais la possibilité de « conduire des études et des recherches et apporter son concours aux ministères et aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans le domaine de la défense. En liaison avec le ministre chargé de l’enseignement supérieur, [l’Institut] contribue à promouvoir les enseignements universitaires de défense ».

Pour remplir cette dernière tâche, l’IHEDN dispose des moyens financiers et matériels pour organiser des conférences, des tables rondes et des colloques, des activités qu’il peut mettre sur pied seul ou en partenariat avec des établissements scientifiques. L’implication dans la recherche s’accompagne enfin d’un appui financier dans le cadre du programme de soutien aux études et enseignements de défense et de sécurité mené en partenariat avec le secrétariat général de la défense nationale (SGDN). Les « prix scientifiques de l’IHEDN » représentent également une aide à la recherche. Créés en 1998, ils récompensent les meilleurs mémoires de mastère et les thèses de doctorat relatifs à la défense soutenus durant l’année académique précédente.

Autre traduction du tournant de 1979, l’IHEDN mène à partir de cette époque une politique d’ouverture en direction des jeunes, qu’ils soient étudiants ou déjà dans la vie active. Quatre types de formation adaptés sont mis sur pied au total : les séminaires IHEDN-Jeunes, créés en 1996 pour les étudiants ou actifs de vingt à trente ans ; les séminaires master 2 « sécurité-défense », destinés aux étudiants de 3e cycle engagés dans des études relatives à la défense ; le séminaire « grandes écoles » et le séminaire « cohésion nationale et citoyenneté » créé en 2006 pour les jeunes cadres du monde associatif des secteurs publics et privés.

D’une durée d’une semaine en moyenne, ces séminaires ont pour objectif de sensibiliser ce public spécifique aux grands enjeux de la défense. Il s’agit aussi, à partir de la fin des années quatre-vingt-dix, de lutter contre les effets négatifs de la fin de la conscription. « La professionnalisation des armées et la suspension du service national nous conduisent à repenser le lien qui unit la Nation à ceux qui sont chargés de la défendre », rappelle ainsi Lionel Jospin, alors Premier ministre, en ouvrant solennellement la 50e session nationale, le 4 septembre 1997.

La politique d’ouverture de l’IHEDN est loin de se limiter à l’Hexagone. Elle s’étend bien au-delà avec les sessions internationales, organisées en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères et européennes et la direction du développement international de la Délégation pour l’armement. Ces sessions regroupent des auditeurs français et étrangers, exerçant des responsabilités étatiques ou industrielles de haut niveau, provenant d’une même zone géographique. Au total, cinq types différents de session sont graduellement développés :

– la session internationale Afrique Madagascar (Siam) créée en 1980, à laquelle a succédé en 2000 le Forum de l’IHEDN sur le continent africain (Fica) accueillant une cinquantaine de représentants des pays du continent ;

  • la session internationale européenne, créée en 1988 ;
  • la session internationale euro-méditerranéenne (Siem), créée en 2002 ;
  • la session internationale Asie Moyen-Orient (Siamo), créée en 2005 ;
  • la session internationale Amérique latine (Sial), créée en 2007.

L’espace européen constitue une priorité pour l’Institut, notamment avec l’émergence d’un pôle européen de défense dont il convient de diffuser les idées. Suite à l’impulsion donnée en 2003 par le ministre de la Défense, l’IHEDN est au cœur de la création du Collège européen de sécurité et de défense (CESD) en 2005. Correspondant français du CESD, l’Institut représente la France au sein du comité directeur comme au conseil économique. Depuis sa fusion avec le CHEAr, l’IHEDN pilote la Session européenne des responsables d’armement (SERA), devenue annuelle depuis 1989, qui rassemble une soixantaine de hauts responsables européens de l’administration et de l’industrie, concernés par les questions d’armement.

L’évolution d’un savoir-faire pédagogique

Dès les origines de l’IHEDN, les méthodes de diffusion du savoir ne reposent pas sur les pratiques traditionnelles de l’enseignement. « Il n’y aura pas « d’enseignement » à proprement parler », expose le vice-amiral Castex lors de l’ouverture du CHEDN, « pas de professorat au sens strict du terme. J’emploierai le moins possible ces expressions pompeuses, que je n’aime guère et qui me paraissent mal adaptées à mon auditoire, et je les interpréterai à ma façon (…) ». Et l’amiral de préciser : « L’institution, qui n’a rien de commun avec un établissement pédagogique où l’on cultive la science à titre désintéressé, sera inspirée par une conception éminemment utilitaire, cruellement utilitaire, par la volonté d’atteindre le rendement maximum dans l’ordre pratique, par un dynamisme fait du besoin de faire face à des nécessités impérieuses. C’est dire qu’il ne saurait être ici question de spéculation pure, et que cette spéculation sera toujours dominée par la préoccupation d’en appliquer le fruit aux dures réalités avec lesquelles nous sommes aux prises. Ce qu’on est convenu d’appeler « l’enseignement » ne sera pas uniquement fait de la simple juxtaposition de gloses théoriques et philosophiques, sans lien avec le réel. Il visera par-dessus tout à leur application à notre cas, le seul qui nous intéresse ».

Un plaidoyer marqué par l’époque, en particulier par la tension internationale croissante, qui rend de plus en plus possible, voire probable, le déclenchement d’un nouveau conflit mondial. L’urgence commande d’être efficace ! Mais transparaît également le souci de se démarquer de certaines des dérives qui caractérisent alors l’enseignement militaire supérieur. La dénonciation d’un possible intellectualisme comporte une mise en cause de l’enseignement ex cathedra, tel qu’il est pratiqué dans les écoles de guerre et les centres des hautes études de chaque armée, tous dotés d’un corps professoral permanent. Pour y remédier, de nouvelles approches sont envisagées. Si le travail en comité n’est pas encore à l’ordre du jour, il est prévu de demander aux auditeurs de réaliser individuellement des études sur des sujets d’actualité, dont le résultat sera transmis au ministre de la Défense. Et des voyages d’études complètent la formation théorique, à l’image de ce qui se pratique dans l’enseignement supérieur, mais sans le primat accordé aux exercices de terrain. L’amiral cherche ainsi à tracer une voie originale sur le plan pédagogique, qui va demeurer celle de l’IHEDN douze ans plus tard.

Sa finalité reste en effet fondamentalement la même, on l’a vu. Lors de la séance inaugurale, le 29 novembre 1948, le directeur du nouvel établissement annonce d’emblée que celui-ci « n’est pas une « super École de guerre » destinée à initier un certain nombre de personnalités civiles à la stratégie militaire. […] « Le but de notre Institut est tout autre », souligne le général Mast. « Il s’agit de préparer à leur mission les personnalités civiles ou militaires qui seraient appelées dès le temps de paix ou en cas de conflit à occuper un poste important soit auprès des membres du gouvernement, ou à l’état-major de la Défense nationale, soit dans les organes de direction de l’économie du pays (secteur nationalisé ou secteur privé) ».

 

Le souci d’efficacité demeure la clé de la démarche. Pour répondre à cet objectif de formation, l’IHEDN va combiner trois méthodes pédagogiques, indifféremment appliquées dans les sessions nationales, régionales et internationales, au fur et à mesure de leur mise en place : la conférence, le travail en comité et le voyage d’études. La conférence, qui se rapproche le plus des méthodes de l’enseignement traditionnel, a pour objet principal de faire le point, à l’attention d’un auditoire averti, des données de base et de dégager des perspectives d’avenir. N’excédant pas une heure en principe, la conférence est suivie d’une discussion d’une égale durée, une formule qui, garantissant l’interactivité, doit permettre d’éviter les excès d’un enseignement magistral.

Au cours de chaque session, des conférences d’introduction générale situent, sur le plan gouvernemental, les grandes orientations en matière de politique de défense. Ces allocutions, prononcées généralement par le président de la République ou son Premier ministre, marquent un temps fort de la politique de la défense du pays, suscitant à chaque fois l’intérêt des médias. Elles sont prolongées par les interventions d’autres autorités de l’État ou de ses administrations, en premier lieu militaires. Les chefs d’état-major viennent ainsi chaque année « plancher » devant les auditeurs.

À côté de ces intervenants institutionnels réguliers, d’autres personnalités, souvent indépendantes, parfois étrangères, sont accueillies à l’IHEDN. La qualité des conférenciers, comme l’actualité des sujets traités, apportent une véritable richesse à la formation dispensée par l’Institut. Au sein d’un corpus très riche, quelques interventions significatives peuvent être retenues. En 1956, Jacques Soustelle, qui vient de quitter ses fonctions de gouverneur général, vient évoquer « le problème algérien ». En 1960, Léopold Sédar Senghor, alors président de l’assemblée fédérale du Mali, prononce une conférence sur « l’âme noire », au moment où les anciennes colonies françaises accèdent à l’indépendance. En 1971, l’intervention de François Mitterrand lui offre l’occasion de présenter une synthèse sur la politique de défense de la France, à l’heure où se fédère autour de lui le nouveau parti socialiste. Fin 1993, le général de corps d’armée Philippe Morillon, commandant les forces des Nations unies en Bosnie-Herzégovine, livre ses « réflexions sur l’emploi des moyens ONU dans les opérations de maintien de la paix et à but humanitaire ».

Toutefois, la véritable originalité pédagogique de l’IHEDN réside dans les travaux en comités. Véritables cellules de base de la session, ces derniers sont au nombre de six, leur composition demeurant inchangée au fil de l’année. Les travaux qui y sont menés ont pour objet premier de contribuer à l’étude des problèmes de la défense nationale, avec le souci d’aboutir à des conclusions directement utilisables par les organismes responsables. En second lieu, il s’agit de former des cadres par une méthode de travail visant à développer chez chacun la perméabilité aux préoccupations du voisin et le sens de la coordination. Dans la mesure du possible, la composition des comités est donc conçue pour que les principaux secteurs de l’activité nationale soient à chaque fois représentés.

Jusqu’en 1970-1971, les travaux en comités sont organisés à travers quatre, puis cinq sections : économique, militaire, organisation-législation, politique – qui devient diplomatique en 1963 – et, enfin, études générales, scientifiques et techniques (à partir de 1964, et sans que son existence soit aussi permanente que les autres). Ces sections reprennent les thématiques des grands ministères impliqués dans la défense nationale, tels que les rappelle l’ordonnance du 7 janvier 1959. Si l’on prend l’exemple de la session 1966-1967, la section économique s’intéresse à la « politique française des investissements », la section militaire à la « participation de la France à la défense de l’Occident », la section organisation-législation au « rôle et à l’intérêt des corps de défense dans le cadre du service national » et la section diplomatique à « la politique européenne des Etats-Unis ». Des sujets d’actualité au moins pour deux d’entre eux, qui font écho au départ de la France de l’organisation militaire intégrée de l’Otan.

L’ensemble des six comités étudie successivement ces thèmes. Un dossier d’information est distribué au départ, qui se compose de plusieurs pièces : une note d’introduction présentant le sujet à traiter, le programme et la liste des comités, enfin des documents relatifs au sujet, qui vont aider les auditeurs dans leur réflexion. Selon les années, le volume de ce dossier d’information est très variable, mais la tendance est à l’inflation. Une évolution à mettre en relation avec la réduction du nombre des travaux en comités. Une fois le sujet traité, les études des comités font l’objet d’une synthèse, d’abord provisoire, puis définitive.

Cette organisation reste inchangée pendant plus de vingt ans. Mais, à partir de la 23e session (1970-1971), les sujets sont traités sans référence aux sections, qui vont bientôt disparaître. Un changement sans doute à rapprocher de l’étendue et de la globalité croissante des sujets traités. Une nouvelle étape est franchie à la fin de la décennie, avec la 31e session (1978-1979). Désormais, chaque session est organisée en cinq phases, la première correspondant toujours à une information générale sur la défense nationale. C’est dans ce cadre, dorénavant, que sont inscrits les sujets travaillés en comités. Mais le nombre total de phases tend à diminuer au cours des années : ainsi, la 48e session, en 1995-1996, n’en comporte plus que deux.

Une dernière évolution se manifeste à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt. Jusqu’à la 39e session (1986-1987), tous les comités travaillent tous les sujets. À partir de la session suivante, un sujet général est défini pour chaque phase et les comités travaillent chacun sur des sujets différents, dérivés du sujet général. Cette tendance se confirme en 1997, lorsque la session nationale se dote d’un thème annuel à partir duquel sont déclinés tous les sujets traités par les comités, quelle que soit la phase.

Troisième méthode d’enseignement, les voyages d’études complètent les conférences et les travaux en comité grâce à une confrontation directe avec la réalité. Les rencontres organisées avec les grands responsables militaires ou civils, dans leur environnement, permettent de mieux saisir certaines problématiques. D’une durée plus ou moins longue, ces déplacements se composent de sorties sur le terrain et de visites d’installations civiles ou militaires. Le grand voyage d’étude hors métropole représente le véritable temps fort de la formation, un voyage dont la destination est souvent liée à l’actualité. En juin 1958, les auditeurs de la 10e session nationale sont ainsi envoyés en Algérie pour appréhender non seulement l’effort militaire, mais aussi l’état du développement social et économique. En mars 1963, la découverte de la puissance américaine culmine avec la réception des auditeurs à la Maison Blanche, accueillis par le président Kennedy. À l’inverse, le voyage en URSS, en avril 1991, permet de prendre le pouls du pays au moment où s’effondre le régime communiste et où s’achève la Guerre froide. Au total, près de soixante-dix pays sont visités entre 1949 et 2011.

Alors que les principes d’enseignements de l’IHEDN ont peu évolué, leur finalité a changé au fil du temps. Durant les premières années de l’Institut, comme à l’époque du CHEDN, les travaux réalisés ont pour vocation de répondre aux besoins des états-majors et directions des ministères. Dès la première session nationale (1948-1949), des synthèses des travaux en comité sont transmises au ministre de la Défense, Paul Ramadier, au fur et à mesure de leur rédaction. Les sujets abordés reflètent les grandes préoccupations du moment en matière politico-stratégique (la perspective d’une fédération européenne, le problème allemand, le Pacte atlantique…). Les synthèses produites ont alors une fonction d’analyse et de proposition. Le décret du 30 janvier 1949 confirme d’ailleurs la possibilité offerte au ministre de la Défense de commander l’étude d’un point particulier à l’Institut. À cette date, les travaux des auditeurs sont une source de réflexion possible pour le gouvernement.

Toutefois, un changement s’opère dans les années 1960. Le gouvernement préfère confier les études dont il a besoin à des services spécialisés, disposant de davantage d’experts et de moyens. Aussi, plutôt que de se concentrer sur la préparation à la conduite de la guerre comme en 1936 ou en 1949, l’IHEDN s’oriente vers la formation aux problèmes de défense, au sens le plus large, des cadres de l’administration, civils et militaires, comme du secteur privé. Une évolution entérinée par le décret du 6 mars 1979, on l’a vu. Les sessions s’ouvrent davantage à la société française, en faisant appel à des auditeurs qui sont éloignés du milieu de la défense ou qui n’adhèrent pas à la politique de la France en la matière, par exemple issus du monde syndical. Cette évolution du recrutement conforte celle qui caractérise la finalité de l’IHEDN. Ne réunissant plus seulement des spécialistes, les sessions sont en effet désormais bien moins en situation de produire des travaux de qualité utiles au gouvernement.

Quelques années plus tard, tout en reconnaissant la mission relative à la réunion de responsables civils et militaires de haut niveau « en vue d’approfondir en commun leur connaissance des grands problèmes de défense », le décret du 5 septembre 1997 précise – on l’a dit ‑ que l’IHEDN peut « apporter son concours aux ministères et aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche ». Plus explicite, le décret du 23 juin 2009 stipule quant à lui que l’Institut « prépare à l’exercice de responsabilités de cadres supérieurs exerçant leur activité » dans les domaines de la défense et de la politique étrangère. L’Institut renoue ainsi avec cette mission originelle, abandonnée au début de la Ve République. C’est un retour aux sources, sur le plan des principes en tout cas. L’IHEDN doit en effet déployer cette activité dans un environnement totalement différent, de nombreux autres organismes traitant désormais des sujets qui sont les siens.

Les auditeurs, une communauté de culture de la défense

Au cours des soixante-quinze ans d’existence de l’établissement, les auditeurs en sont devenus une composante de plus en plus importante. C’est pour eux qu’il a été conçu, puis refondé, et sous la Cinquième République c’est par eux que se diffuse son enseignement. L’effectif des sessions n’a cessé d’augmenter au fil du temps, passant de 27 à 54 auditeurs entre 1936 et 1948, pour atteindre le chiffre de 95 en 2009. Un chiffre qui est globalement comparable à l’effectif moyen des sessions régionales. L’âge des auditeurs est, lui, compris entre 35 et 50 ans.

Leur choix s’effectue sur le mode de la désignation. On l’a vu, la mixité civils/militaires est acquise dès l’origine grâce à l’article 6 du décret du 14 août 1936. Toutefois, la composition du public visé change au fil du temps, en fonction de l’évolution des missions. À l’origine, le CHEDN doit faire travailler ensemble de hauts responsables de la fonction publique en leur présentant la défense nationale dans sa dimension globale. Les auditeurs militaires, majoritaires, sont des officiers supérieurs confirmés, lieutenant-colonel (capitaine de frégate) et, plus encore, colonel (capitaine de vaisseau). Quelques jeunes officiers généraux sont exceptionnellement du nombre. Les civils sont des fonctionnaires désignés par leur ministère (Intérieur, Affaires étrangères, Finances…). Mais aussi original soit-il, le recrutement du CHEDN ne concerne pas encore le secteur privé. À l’époque, la fonction publique, civile et plus encore militaire, conserve dans l’opinion publique un rôle primordial pour tout ce qui touche à la défense. Bien qu’Édouard Daladier soit très sensible au thème de la mobilisation industrielle, il ne va pas jusqu’au bout de sa logique en prévoyant l’admission de représentants du monde de l’entreprise parmi les auditeurs.

La renaissance des hautes études de défense nationale, après guerre, va permettre de combler cette lacune. Aux deux catégories d’auditeurs déjà concernées s’en ajoute une troisième, définie par le décret du 30 janvier 1949. Elle concerne « les personnes particulièrement qualifiées au point de vue économique ou social ». Il s’agit d’une véritable ouverture en direction du secteur privé, même si les conditions de recrutement sont moins précises que pour les auditeurs issus des forces armées et de la haute fonction publique. Depuis, bien qu’aucun quota n’ait été officiellement fixé, la répartition des auditeurs s’établit selon la règle des trois tiers. Leur liste est arrêtée par décret du Premier ministre et publiée au Journal Officiel.

L’origine du recrutement des auditeurs a continué de se diversifier. Les femmes ont fait leur apparition à partir de la 9e session (1957). Leur proportion ira croissant, même si elle demeurera toujours minoritaire. En 1999-2000, les premiers étrangers sont accueillis dans la session nationale. L’exigence de représentativité s’est accrue avec les années, en particulier parce que l’Institut est devenu un lieu d’explication et de discussion de la politique de défense de la France, notamment pour ce qui est de la dissuasion. Le décret du 6 mars 1979 désigne ainsi comme candidats possibles « les personnalités civiles exerçant des responsabilités importantes dans les différents secteurs d’activités économique, sociale, scientifique, juridique et culturelle, ainsi que dans la presse écrite ou audiovisuelle ». La présence de plus en plus fréquente de personnalités issues du monde des médias facilite la diffusion auprès de la population des idées débattues à l’IHEDN. Les décrets du 5 septembre 1997 et du 23 juin 2009 poursuivent cette logique d’ouverture. Celui-ci élargit officiellement le recrutement au-delà du cadre hexagonal, visant les hauts responsables des états membres de l’Union européenne ou d’autres États. Ainsi, pour la première fois, un officier général qatari participe à la 63e session, marquant ainsi l’ouverture de l’Institut aux États non européens, notamment ceux s’inscrivant dans un partenariat stratégique avec la France.

La composition des sessions reflète ainsi l’évolution des missions de l’IHEDN depuis 1948. Le recrutement des auditeurs s’adapte en permanence et privilégie certaines catégories socioprofessionnelles, jugées prioritaires à certaines périodes. La qualité des auditeurs est aussi un souci constant. L’observation d’un fléchissement du recrutement dans la fonction publique peut amener le Premier ministre à intervenir auprès des ministres concernés (Georges Pompidou, Raymond Barre). Il est clair que les administrations civiles éprouvent depuis l’origine des difficultés à proposer leurs meilleurs éléments.

L’action des auditeurs ne se limite pas aux sessions organisées à l’Institut mais se prolonge bien au-delà grâce à plusieurs relais. Les associations forment le plus puissant. Inexistantes avant 1939, elles se développent parallèlement à l’essor de l’Institut. En 1948, l’association nationale, AA-IHEDN, rassemble les auditeurs des sessions nationales et les cadres de l’Institut. La parution annuelle d’un annuaire des membres de l’association permet de renforcer les liens en créant un véritable réseau social qui encourage les contacts. En 1954, le lancement de la revue Défense favorise aussi ces échanges en offrant une tribune à tous ceux qui s’intéressent au sujet dans sa diversité. La mise en place, la même année, des sessions régionales de l’IHEDN apporte une nouvelle vigueur au milieu associatif avec la création de trente-deux associations régionales à partir de 1955. Elles regroupent, sur une base géographique, tous les auditeurs et participants des formations de l’IHEDN résidant sur le territoire national, outre-mer compris.

En 1975, la fédération de toutes les associations affiliées à l’Institut donne une plus grande cohérence et une plus grande force à l’ensemble. Régie par la loi de 1901, l’Union des associations d’auditeurs de l’IHEDN, l’ »UA-IHEDN » s’installe à l’École militaire. Elle soutient toutes les actions, comme les « trinômes académiques » destinés en 1982 à favoriser la diffusion de l’esprit de défense auprès des enseignants, les « conseillers de défense » placés en 1988 auprès des ministères ou des préfets et les « correspondants défense » mis en place plus récemment dans les communes.

L’UA-IHEDN, devenue l’UNION-IHEDN, rassemble actuellement 42 associations regroupant près de 10 000 adhérents. Ils sont répartis en 2 associations nationales, 32 associations régionales, 5 associations internationales et 3 associations thématiques. Malgré la réforme de ses statuts en mars 2006, l’UNION-IHEDN conserve les trois objectifs qu’elle s’est fixée depuis le départ : maintenir et renforcer les liens entre les auditeurs de l’Institut ; développer l’esprit de défense dans la Nation et contribuer à la réflexion sur la défense ; apporter son concours à l’IHEDN. Le maillage que les associations représentent sur le territoire national est une aide précieuse pour l’action de l’Institut.

En 2010, l’UNION s’est réorganisée afin de prendre en compte les évolutions de l’IHEDN, accueil des anciens auditeurs du CHEAr et organisation autour du triptyque politique de défense, armement et économie de défense, politique étrangère. Son articulation avec l’Institut est désormais définie par le décret de 2009 qui précise : « à cette fin, il [l’Institut] coopère avec les autres organismes chargés de la diffusion des savoirs en matière de défense et de sécurité nationale, notamment avec les associations d’auditeurs. » Cette mission demeure essentielle comme le rappelle le Livre blanc : « L’adhésion de la Nation est la condition de l’efficacité de l’appareil de défense et de sécurité et de la légitimité des efforts qui lui sont consentis ».

Depuis 1936, les hautes études de défense se sont incarnées dans un Collège, puis un Institut qui a dû adapter son organisation et ses missions en fonction des priorités imposées par l’évolution permanente des questions de sécurité au niveau national et international. Face à cet environnement instable et aux mutations de la société française, l’IHEDN a développé son propre modèle, caractérisé par une personnalité forte, acquise grâce à son autonomisation, et par un savoir-faire spécifique. L’IHEDN a surtout été amené à comprendre sa mission dans un sens de plus en plus large en devenant un foyer de rayonnement et de diffusion de l’esprit de défense dans la Nation.

Dans un environnement totalement renouvelé, il se doit aujourd’hui de redevenir un institut de niveau gouvernemental, un lieu où l’on forme des responsables de haut niveau aux questions de défense et d’affaires internationales, un lieu où l’on sensibilise un large public aux questions de défense et de sécurité nationale et qui participe à la construction de la résilience, un lieu au cœur de la réflexion et du débat stratégique de défense, porteur d’une ambition internationale et profondément ancré dans l’espace européen. Cet établissement à part demeure ainsi attaché à l’esprit de son fondateur, l’amiral Castex, exprimé en conclusion de sa conférence inaugurale du CHEDN, le 15 octobre 1936 : « Messieurs, tout ce champ est immense, en vérité, mais j’ai pleine confiance qu’en unissant nos bonnes volontés nous réussirons à le parcourir ensemble d’une façon intéressante et profitable aux intérêts vitaux dont nous aurons de nouveau la charge après avoir reçu ici les initiations indispensables ».

Cette synthèse a été rédigée par le capitaine Benoît Haberbusch, docteur en histoire, chargé d’étude au sein de la division études/enseignement/recherche du Service historique de la Défense, en collaboration avec le professeur agrégé Philippe Vial, docteur en histoire, directeur scientifique de la division. Le vice-amiral d’escadre Richard Laborde, directeur de l’IHEDN, directeur de l’enseignement militaire supérieur, a complété la mise en perspective historique, spécialement au regard des dernières années, et pris en charge les développements qui leur étaient consacrés.

Les archives du CHEDN et de l’IHEDN conservées par les Archives nationales, plus rarement par le Service historique de la Défense (fonds privé Castex, en particulier), ont constitué le point de départ de cette étude, notamment en ce qui concerne la genèse des deux établissements. L’inventaire réalisé récemment constitue une aide précieuse pour aborder ces archives et les éclairer :

  • Clotilde Trouvé, Répertoire des archives de l’Institut des hautes études de la défense nationale (1936-2009), sous la direction de Claire Martin, chef de la Mission des archives auprès des services du Premier ministre, Archives nationales, Centre des archives contemporaines, texte dactylographié, 2010, 215 p.

 

Par ailleurs, plusieurs travaux ont été particulièrement utiles dans la préparation de cette étude, qui permettront aux lecteurs qui le souhaitent de prolonger leur découverte du sujet :

  • Élisabeth du Réau, Édouard Daladier (1884-1970), Paris, Fayard, 1993, 581 p.
  • Hervé Couteau-Bégarie, Castex le stratège inconnu, Paris, Économica, 1985, 264 p.
  • Jean-Christophe Sauvage, L’Institut des hautes études de défense nationale : une vision globale de la politique de défense de la France, thèse de doctorat d’histoire, sous la direction du professeur Maurice Vaïsse, université de Reims Champagne-Ardenne, 1998, 2 vol., 831 p.