La seule chose plus dangereuse que la guerre pour le climat serait la paix : voilà l’hypothèse à la base de l’ouvrage « Vers l’écologie de guerre – Une histoire environnementale de la paix » publié par Pierre Charbonnier. L’auteur y énonce que nos sociétés sont les héritières d’une histoire intellectuelle et politique considérant que créer les conditions de la paix nécessite d’exploiter la nature. Dans cette logique, pour effacer les conflits, il faut lutter contre la rareté des ressources et développer un langage universel ; celui des sciences, des techniques et du développement. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le développement des infrastructures fossiles a notamment été jumelé à un discours pacifiste entendant saper les causes de la guerre en libérant la productivité. Ainsi, la paix, ou l’équilibre des puissances mis en place par les États-Unis, est en large partie un don des énergies fossiles. Ce paradigme est cependant devenu obsolète au XXIème siècle, puisqu’il faut désormais garantir la paix tout en intégrant les limites planétaires. C’est dans ce contexte qu’émerge la possibilité de l’écologie de guerre, selon laquelle soutenabilité et sécurité doivent s’aligner pour permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Docteur et agrégé de philosophie, Pierre Charbonnier est actuellement chargé de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris. Ses travaux portent sur l’histoire, l’épistémologie et les formes de pouvoir associées au gouvernement de la nature dans les sociétés modernes. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Abondance et liberté (La Découverte, 2019) et Culture écologique (Presses de Sciences Po, 2022).
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