Le 1er janvier 2010, le Centre des hautes études de l’armement (CHEAr), créé en 1964, s’est fondu dans l’IHEDN. Depuis lors, la majeure Armement et économie de défense (AED) de la session nationale de l’Institut forme ses auditeurs aux spécificités du secteur de l’industrie de défense.
« L’ADN du CHEAr a très largement intégré celui de l’IHEDN pour la majeure AED », indique son chef, l’ingénieur général de l’armement (en 2e section) Étienne Paris, lui-même auditeur de la 39e session du CHEAr. Chaque année, une cinquantaine d’auditeurs optent pour cette spécialisation. Ils sont issus de la Direction générale de l’armement (DGA), du ministère des Armées, de l’administration, de l’industrie et de la société civile et travaillent ou s’intéressent de près à l’armement. Dans toutes ses dimensions, précise l’IGA Paris :
« Capacitaire, innovation, acquisition d’armement, compétences et moyens industriels, relations internationales (coopération et exportation) dans l’ensemble des domaines terrestre, naval, aérospatial et maîtrise de l’information. La vocation demeure essentiellement la même qu’au CHEAr : approfondir la connaissance des questions de défense, de politique étrangère, d’armement et d’économie de défense ; préparer les cadres supérieurs civils et militaires, français et étrangers à l’exercice des responsabilités ; promouvoir et diffuser toutes les connaissances utiles en matière de défense et de relations internationales.»
En particulier, suivre cette formation – étalée sur 45 jours de septembre à juin – permet aux auditeurs de donner du sens au travail des ingénieurs et officiers en rappelant la finalité militaire et la dimension « emploi », mais aussi d’élargir les points de vue de personnes très souvent spécialisées dans des domaines pointus en leur donnant une vision inter-arme, multisectorielle et internationale des enjeux de défense. La majeure intègre les aspects liés aux ruptures technologiques, à l’évolution de l’environnement et du droit, et sensibilise à la sécurité économique.
Plus largement, cette majeure permet d’acquérir les principales notions en matière d’économie de défense, et de mieux comprendre l’OTAN et le fonctionnement des institutions européennes. Enfin, elle forme ses auditeurs aux enjeux de souveraineté industrielle.
Comme pour les 4 autres majeures de la session nationale avec qui elle partage un socle commun, la formation d’AED repose sur le triptyque pédagogique de l’IHEDN : des conférences, des missions d’étude et des travaux de comité.
TOUTE RÉFLEXION STRATÉGIQUE DOIT CONSIDÉRER LES MOYENS ASSOCIÉS
Après la fusion avec le CHEAr, la thématique de l’armement est donc devenue une composante indissociable de la réflexion stratégique plus globale de l’IHEDN, tout en faisant de l’Institut un point de rencontre majeur pour les acteurs de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). « Toute réflexion stratégique doit considérer les moyens associés », explique Étienne Paris :
« En matière de défense et de sécurité, la question de l’armement se pose donc immédiatement, dès lors que l’on aborde les questions de souveraineté, des alliances et des partenariats. En effet, les armements ne sont pas des biens « classiques » qu’on peut se procurer facilement. Les logiques d’acquisition d’armements et de leur soutien sont spécifiques. Et il faut aussi considérer les notions d’interopérabilité, de compétence industrielle et d’exportabilité. »
Le dialogue entre ingénieurs, opérationnels et société civile que permet le modèle original de l’IHEDN perdure au-delà de la session grâce aux liens d’amitiés noués et entretenus dans la durée par le président élu de la majeure. « Par ailleurs, l’Institut est très attaché au dialogue transgénérationnel avec des auditeurs des sessions précédentes, notamment au travers de l’association AED/SNC-IHEDN », précise l’IGA Paris.
Créée en 1965 comme association d’auditeurs du CHEAr, l’AED/SNC-IHEDN rassemble aujourd’hui les auditeurs du CHEAr et ceux des majeures AED et Souveraineté numérique et cybersécurité (SNC) de la session nationale de l’IHEDN. Son président, l’ingénieur en chef de l’armement Géraud Brun, aujourd’hui en poste à la DGA, était directeur des études du CHEAr lorsqu’il a mis en œuvre la fusion avec l’IHEDN, en 2010 :
« L'IHEDN a créé un écosystème très intéressant en regroupant différentes populations que sont des ingénieurs militaires et des officiers avec des industriels du domaine de la défense et des acteurs de la société civile, qu'ils soient journalistes, politiques ou avocats. Cet écosystème, assez hétérogène en apparence, fonctionne très bien. »
LES ENTRETIENS ARMEMENT & SOUVERAINETÉ, UN ÉVÉNEMENT ANNUEL EMBLÉMATIQUE
Parmi les activités de l’AED/SNC-IHEDN, un événement emblématique a lieu chaque année, organisé en partenariat avec l’IHEDN : les Entretiens Armement & Souveraineté (EAS). La 19e édition s’est tenue début avril à Paris sur le thème « Souverainetés et compétitions », avec des tables rondes s’appuyant sur les travaux menés tout au long de l’année par les Groupes de réflexion d’Athéna.
« Cette édition a développé trois thématiques principales », indique Géraud Brun :
« Une première sur la dissuasion : compte tenu de l'évolution géopolitique, une réflexion doit être ouverte sur ce sujet. Nous avons également échangé sur les problématiques de souveraineté que nous suivons depuis déjà plusieurs années, et sur l'artillerie, l'artillerie moderne, associée au développement des drones. »
Comme chaque année, les thématiques abordées lors des EAS ont donné lieu à un recueil de près de 300 pages contenant analyses, prospective et recommandations.
En matière d’armement comme dans les autres domaines de la défense nationale, la formation de l’IHEDN et l’engagement des auditeurs par la suite revêt une dimension cruciale. « L’actualité, avec notamment le retour de la guerre de haute intensité en Europe, rappelle l’importance d’effectuer rapidement une mise à niveau de notre industrie d’armement », analyse l’IGA Paris.
En intégrant l’héritage du CHEAr dans le modèle original de l’IHEDN, la majeure AED s’avère un outil particulièrement adapté à ce contexte, comme le résume son chef :
« Par son caractère interministériel et ses missions de diffusion de l’esprit de défense et de renforcement de la cohésion nationale, l’IHEDN permet de rassembler des profils très variés : opérationnels, étatiques, industriels, universitaires, financiers, juristes qui doivent permettre de relever collectivement le défi de la réactivité industrielle. L’IHEDN permet de développer une vision globale, donner du sens à l’esprit de défense de façon à dépasser les intérêts professionnels et commerciaux « locaux ». »
- Retrouvez en vidéo notre entretien avec l’ingénieur en chef de l’armement Géraud Brun, président de l’association des auditeurs AED/SNC-IHEDN :
- Pour se procurer le recueil des Entretiens Armement & Souveraineté 2026, écrire à l’association des auditeurs AED/SNC-IHEDN via son site.