Territoire français d’Amérique du Sud, la Guyane occupe une place stratégique absolument majeure pour la France comme pour l’Europe. Elle constitue à la fois un pilier de la souveraineté spatiale européenne, un bouclier environnemental unique et un point d’ancrage militaire et diplomatique essentiel dans une région au carrefour de multiples défis.
De la protection du Centre spatial guyanais à la lutte contre l’orpaillage illégal, en passant par la coopération sécuritaire avec les États voisins, la Guyane concentre des enjeux décisifs : souveraineté technologique, préservation des ressources, stabilité régionale et influence internationale.
Autant de raisons qui font de ce territoire ultramarin un atout stratégique incontournable pour la France et l’Union européenne et donc à étudier pour les auditeurs de notre session nationale.
AU CENTRE D’ENTRAÎNEMENT EN FORÊT ÉQUATORIALE AVEC LES LÉGIONNAIRES DU 3E REI
En pleine forêt équatoriale, nos auditeurs ont découvert le prestigieux Centre d’entraînement en forêt équatoriale (CEFE), un centre d’excellence reconnu à l’échelle internationale. Ils ont vécu 24 heures au rythme des légionnaires du 3e Régiment étranger d’infanterie, partageant leur quotidien et explorant les conditions d’entraînement qui font la renommée de ce régiment.
Mais qu’est-ce que le CEFE et quelles sont ses missions ? Au cÅ“ur de la forêt équatoriale guyanaise, le Centre d’entraînement en forêt équatoriale constitue l’un des atouts stratégiques les plus singuliers de la France. Créé en 1987 et rattaché au 3ᵉ Régiment étranger d’infanterie, ce centre militaire unique au monde forme chaque année des soldats français et étrangers au combat et à la survie en jungle, dans un environnement d’une rare exigence : orientation, franchissement, camouflage, techniques de survie… Un savoir-faire précieux, exercé depuis le camp Szuts, qui s’étend sur 150 hectares et s’appuie sur près de 900 hectares de forêt dense.
Mais si le CEFE forge les combattants, ce sont les Forces armées en Guyane (FAG) qui les engagent sur le terrain. Rassemblant le 3ᵉ REI, des unités de la Marine nationale, de l’armée de l’Air et de l’Espace et de la Gendarmerie, les FAG assurent la protection de ce territoire stratégique : lutte contre l’orpaillage clandestin avec l’opération Harpie, protection de la forêt face aux réseaux armés et à la pollution au mercure, et sécurisation du Centre spatial guyanais (CSG) via l’opération Titan, essentielle lors des phases sensibles des lancements. Chaque jour, 300 militaires sont mobilisés contre l’orpaillage illégal, tandis que jusqu’à 400 peuvent être déployés pour garantir la sûreté du CSG.
UN EXERCICE DYNAMIQUE POUR LES AUDITEURS
La visite du 9e Régiment d’infanterie de marine (9e RIMa) de Saintoupan a été un autre moment fort du programme, notamment grâce à la démonstration dynamique réalisée par le CRAJ, le Commando de recherche et d’action en jungle. Spécialistes du combat en milieu équatorial, ces militaires d’élite ont présenté un exercice immersif simulant une opération de neutralisation d’orpailleurs illégaux, un enjeu majeur de sécurité en Guyane.
Dans un environnement reproduisant les conditions réelles de la forêt amazonienne, végétation dense, terrain accidenté, visibilité réduite, le commando a illustré ses modes d’action : progression silencieuse, reconnaissance, enveloppement tactique d’un camp illégal, interpellation, sécurisation de zone et extraction des équipements. Cette démonstration permettait de mesurer le niveau d’expertise, d’endurance et de précision indispensable pour lutter contre l’orpaillage clandestin et le trafic de drogue, des activités criminelles qui alimentent des réseaux structurés, provoquent une déforestation massive et entraînent une pollution sévère au mercure. Le CRAJ est également appelé à intervenir en cas de recherche et de sauvetage de personnes disparues en jungle.
Cela permis aux auditeurs de visualiser concrètement le rôle crucial des forces dans la protection du territoire, de l’environnement et de la souveraineté nationale.
LES AUDITEURS ONT DÉCOUVERT LE CENTRE SPATIAL GUYANAIS DE KOUROU
Après leur immersion dans la jungle, les auditeurs ont visité le Centre spatial guyanais (CSG) qui occupe une place stratégique unique : il est le seul port spatial de l’Europe, indispensable à la souveraineté technologique de la France et de l’Union européenne. Base officielle de lancement de l’ESA et de l’EUSPA, géré conjointement avec le CNES et Arianespace, le CSG prépare, lance et contrôle les fusées Ariane et Vega, permettant à l’Europe de maintenir un accès autonome, fiable et permanent à l’espace.
Situé à seulement 5° au nord de l’équateur, le site bénéficie pleinement de la rotation de la Terre. Résultat : les fusées consomment moins de carburant et peuvent emporter des charges utiles plus lourdes : un avantage stratégique. Ouvert sur l’océan Atlantique, il offre une grande variété de trajectoires possibles : vers l’Est pour les orbites géostationnaires et vers le Nord pour les orbites polaires ou héliosynchrones. Enfin, le territoire présente des conditions idéales de sécurité et de fiabilité : une zone faiblement peuplée, réduisant les risques au sol, un climat relativement stable favorable aux opérations de lancement et un environnement naturel vaste qui garantit de larges zones de retombées en mer.
Au-delà de sa dimension technique, le CSG est un pilier stratégique. Il soutient les grands programmes européens comme Galileo et Copernicus, accueille des missions scientifiques internationales et joue un rôle central dans la coopération spatiale mondiale. De plus en plus ouvert au New Space, il accompagne l’arrivée de nouveaux acteurs commerciaux et technologiques, renforçant la compétitivité européenne dans un secteur spatial en pleine mutation. Ainsi, la Guyane s’affirme comme un territoire indispensable à l’avenir spatial de la France et de l’Europe.
















