Mission à Djibouti : au cœur des équilibres stratégiques français en Afrique et dans l’Indopacifique

Publié le :

3 février 2026
Pendant cinq jours, les auditeurs des majeures Politique de défense et Enjeux et stratégies maritimes de la 5e session nationale de l’IHEDN ont mené une mission d’étude à Djibouti, territoire clé pour la défense, la diplomatie et la projection stratégique françaises.
IHEDN à Djibouti

Pourquoi Djibouti ? Un point d’ancrage stratégique majeur pour la France

Situé à la jonction de la mer Rouge, du golfe d’Aden et de l’océan Indien, Djibouti occupe une position géographique exceptionnelle, au cœur de l’une des zones les plus sensibles du globe. Carrefour des grandes routes maritimes mondiales, passage obligé du commerce international et interface entre l’Afrique de l’Est, le Moyen-Orient et l’Indopacifique, le pays concentre des enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques de premier plan.

Dans un contexte de recomposition de la présence militaire française en Afrique, la base des Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj) est aujourd’hui la dernière base militaire française permanente sur le continent. Avec près de 1 500 militaires, elle constitue un point d’appui essentiel pour la protection des intérêts français, la surveillance des flux stratégiques, la lutte contre les menaces régionales et la capacité de projection rapide vers plusieurs théâtres d’opérations.

Cette centralité stratégique s’inscrit dans une relation franco-djiboutienne ancienne et solide, réaffirmée en juillet 2024 par le renouvellement du partenariat stratégique de défense entre les présidents Emmanuel Macron et Ismaïl Omar Guelleh. Ce partenariat repose sur une coopération étroite en matière de sécurité, de formation militaire et de stabilité régionale, en complément de relations économiques, culturelles et scientifiques approfondies.

Une immersion opérationnelle dans le désert

Temps fort de la mission : une journée d’immersion aux côtés des FFDj, au cœur du désert djiboutien. Après une nuit en bivouac, propice aux échanges informels avec les militaires en charge du soutien opérationnel, les auditeurs ont rejoint les zones d’entraînement en camions tactiques GBC, direction les montagnes et le désert du Grand Bara.

Accueillis par le Centre d’entraînement au combat et d’aguerrissement au désert (CECAD), les auditeurs ont pu découvrir les capacités opérationnelles des forces françaises à travers une série de démonstrations dynamiques illustrant la diversité et la complémentarité des armées, mais aussi la coopération avec les Forces armées djiboutiennes qui ont participé et organisé conjointement ces exercices.

  • Action de la mer vers la terre : les commandos marine de la FORFUSCO, en coopération avec la marine et les garde-côtes djiboutiens, ont simulé la neutralisation d’un chef terroriste. Hélicoptères, appui maritime, forces spéciales et passage dissuasif d’un Mirage ont illustré la parfaite interopérabilité des moyens engagés.

  • ManÅ“uvre terrestre interarmes : le 5e Régiment interarmes d’outre-mer (5e RIAOM) a présenté ses équipements avant une manÅ“uvre défensive dynamique sur le champ de tir de Koron, avec tirs réels. Cette démonstration a mis en lumière la richesse capacitaire d’une unité intégrant infanterie, artillerie, cavalerie, génie et aviation légère.

  • Interactions 3D et supériorité aérienne : parachutage de commandos depuis un CN-235, extraction par hélicoptères Puma et appui des Mirage ont conclu cette journée, illustrant la maîtrise des milieux terrestre, maritime et aérien.

 

Cette immersion a permis de mesurer concrètement la capacité des FFDj à intervenir rapidement, sur tous types de terrains et en étroite coopération avec les forces djiboutiennes, au service de la stabilité régionale.

Tables rondes et visites : décrypter les dynamiques géopolitiques, économiques et numériques

La mission s’est également articulée autour de tables rondes de haut niveau et de nombreuses visites de terrain, offrant aux auditeurs une compréhension fine des dynamiques qui structurent Djibouti aujourd’hui.

Les échanges ont porté sur 

  • « Environnement régional et questions multilatérales : les grands enjeux de la politique étrangère de Djibouti », avec Guelleh Idriss Omar, directeur du Département des relations multilatérales du ministère des Affaires étrangères djiboutien, Bertrand Cochery, envoyé spécial français pour la Corne de l’Afrique, Workneh Gebeyehu, Secrétaire exécutif de I’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et Okochi Akihiro, ambassadeur du Japon à Djibouti.

  • « Les enjeux du « business model » de Djibouti », avec Ide Ahmed Mohamed, directeur général du Doraleh Multipurpose Port, Simon Mibrathu, Secrétaire général du Budget, Ahmed Osman Ali, Gouverneur de la Banque centrale de Djibouti et Sébastien Nahon, directeur général de la Banque pour le Commerce et l’Industrie – Mer Rouge (BCIMR).

  • « La souveraineté de Djibouti à l’heure du numérique », avec Mohamed Assoweh Bouh, directeur général de Djibouti Telecom, Mariam Hamadou Ali, ministre déléguée chargée de l’Economie numérique et de l’Innovation et Mustapha Mohamed Ismaël, directeur général de l’Agence nationale des systèmes d’information de l’Etat

 

Ces réflexions ont été enrichies par des visites emblématiques : Terminal à conteneurs de Doraleh, Site d’atterrage des câbles sous-marins, Assemblée nationale, Infrastructures énergétiques et hydrauliques, et enfin bases militaires françaises (Base aérienne 188, Base navale, 5e RIAOM, détachement de l’Aviation légère de l’armée de Terre).

Une mission structurante pour comprendre les enjeux contemporains de défense. Cette mission illustre pleinement la vocation de l’IHEDN : former des décideurs capables de comprendre les équilibres stratégiques contemporains, dans toute leur complexité, et d’appréhender le rôle de la France dans un environnement international en profonde mutation.