SIALC 2026 : l’IHEDN renforce la coopération entre l’Amérique latine, la Caraïbe et la France face aux trafics illicites

Publié le :

4 août 2026
Du 29 juin au 3 juillet, la Martinique a accueilli la 10ᵉ Session internationale pour l’Amérique latine et la Caraïbe (SIALC), organisée par l’IHEDN en partenariat avec la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD). Au cœur de cette édition : le renforcement de la coopération régionale pour lutter contre les trafics illicites et consolider la sécurité collective, dans le prolongement de la Conférence régionale de sécurité organisée dans le cadre de la présidence française du G7.

Pour sa dixième édition, la Session internationale pour l’Amérique latine (SIAL) devient officiellement la Session internationale pour l’Amérique latine et la Caraïbe (SIALC). Ce changement de nom reflète une évolution naturelle de cette formation : reconnaître que l’Amérique latine et la Caraïbe constituent un espace stratégique étroitement lié, confronté à des défis communs en matière de sécurité, de criminalité organisée, de coopération régionale et de développement.

Cette évolution traduit également l’engagement de la France dans cette région. Avec la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la France est pleinement intégrée aux dynamiques régionales. Elle y protège près de 1,1 million de citoyens, dispose de 1,2 million de km² de zone économique exclusive, de deux forces armées permanentes, d’environ 3 000 militaires, 1 500 policiers et gendarmes, d’une vingtaine de bâtiments navals et d’une dizaine d’aéronefs. Il s’agit de la plus importante présence militaire française hors du territoire européen.

Cette implantation répond à plusieurs missions essentielles : lutte contre l’orpaillage illégal (opération Harpie) et les trafics, protection du Centre spatial guyanais, surveillance maritime et aérienne, secours aux populations lors des catastrophes naturelles et développement de la coopération de sécurité avec les partenaires régionaux.

Cette coopération s’appuie notamment sur des partenariats opérationnels avec le Brésil, le Suriname, le Guyana, les organisations régionales comme la CARICOM ou le Regional Security System, ainsi qu’avec les États-Unis dans le cadre de la Joint Interagency Task Force South.

Une nouvelle identite pour une region aux enjeux strategiques communs

Le choix du thème « Lutte intégrée contre les trafics et renforcement de la sécurité régionale » s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement préoccupant.

L’Amérique latine, qui rassemble près de 660 millions d’habitants, et les Caraïbes, avec environ 45 millions d’habitants, concentrent aujourd’hui l’essentiel de la production mondiale de cocaïne. Selon le Rapport mondial sur les drogues 2024 de l’ONUDC, la Colombie assure près de 70 % de la production mondiale, devant le Pérou et la Bolivie, formant le « triangle andin ». À cette menace s’ajoute la progression d’autres trafics liés au cannabis, aux drogues de synthèse ou encore à la méthamphétamine.

Les organisations criminelles exploitent les principales routes maritimes reliant l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord, aux Caraïbes, à l’Europe et à l’Afrique de l’Ouest. Les Antilles françaises et le plateau des Guyanes occupent ainsi une position géographique stratégique sur ces itinéraires.

Au-delà du trafic de stupéfiants, ces réseaux alimentent également le trafic d’armes, la traite des êtres humains, le blanchiment d’argent et la corruption, fragilisant durablement les institutions et la stabilité des États de la région.

Une semaine de formation pour construire une réponse collective

Réunis du 29 juin au 3 juillet en Martinique, 90 responsables civils et militaires, experts et décideurs issus de nombreux pays d’Amérique latine, des Caraïbes et de France ont partagé leurs expériences afin d’élaborer des réponses communes face aux menaces transnationales.

Alternant conférences, tables rondes, visites de terrain et travaux en comité, la session a permis d’aborder l’ensemble de la chaîne de lutte contre les trafics illicites.

Les échanges ont porté sur l’évolution des réseaux criminels, les nouvelles techniques d’enquête, le renseignement criminel, la protection des sources et des témoins, les flux financiers illicites, la corruption, la coopération judiciaire internationale, les technologies de surveillance des frontières, la sécurisation des espaces maritimes et aériens, la coopération en matière de défense, ainsi que les politiques de prévention auprès de la jeunesse.

Les travaux de comité ont constitué le point fort de la session. Les auditeurs y ont formulé plusieurs recommandations concrètes afin de renforcer la coopération régionale autour de plusieurs priorités :

  • la coordination régionale des capacités de sécurité
  • la mutualisation des formations et le renforcement de l’interopérabilité
  • la sécurisation intégrée des corridors terrestres, maritimes et aériens
  • la surveillance des frontières
  • la lutte contre les organisations criminelles hybrides
  • la coopération judiciaire et financière contre les flux illicites

 

Parmi les propositions figurent notamment la création d’équipes communes d’enquête, le renforcement de la sécurité portuaire et aéroportuaire, la mise en réseau des acteurs du bassin Antilles-Guyane ainsi que le développement d’une académie régionale de sécurité issue du programme ALCORCA.

Au terme de cette semaine de travaux, la SIALC a confirmé son rôle de plateforme de dialogue stratégique, favorisant le partage d’expertise et la création de réseaux durables entre les acteurs civils et militaires de la région.

Une session intégrée à la dynamique politique du G7

La clôture de la SIALC  a marqué la transition entre le volet théorique de la formation au volet pratique de la politique française avec la Conférence régionale de sécurité (CRS) organisée dans le cadre de la présidence française du G7.

À cette occasion, l’IHEDN et la DCSD ont accueilli Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, ainsi que Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer.

Les ministres ont assisté à la restitution des travaux des auditeurs de la SIALC, permettant de porter directement auprès des décideurs politiques les recommandations élaborées tout au long de la semaine. Cette articulation entre expertise opérationnelle et décision politique illustre la volonté de transformer les échanges techniques en actions concrètes au niveau régional.

Organisée les 2 et 3 juillet à Fort-de-France, la Conférence régionale de sécurité a réuni 27 États et organisations internationales afin de renforcer la coopération face à la montée de la criminalité organisée, notamment le narcotrafic et le trafic d’armes à feu.

Cette mobilisation s’est traduite par l’adoption de l’Appel de la Martinique, endossé par 26 délégations, qui fixe trois priorités : renforcer les capacités régionales, approfondir la coopération sécuritaire et protéger les infrastructures stratégiques.

En s’inscrivant au cœur de cette dynamique diplomatique, la SIALC confirme son ambition : contribuer au développement d’une communauté régionale de sécurité fondée sur la confiance, le partage d’expertise et la coopération, afin d’apporter des réponses collectives à des menaces qui dépassent largement les frontières nationales