Compétition et rivalités internationales

Publié le :

12 novembre 2025
Cette fiche d'actualité se penche sur les rivalités internationales dans le domaine spatial. Elle commence par rappeler les grandes étapes de la conquête spatiale, en l'insérant dans le champ de la compétition entre puissances. Elle présente ensuite les différents défis géopolitiques que pose la conquête de l'espace aujourd'hui, notamment dans le cadre de la rivalité sino-américaine. Enfin, elle propose quelques perspectives sur l'arsenalisation de l'espace aujourd'hui.
Fiche d'actualité : Compétition et rivalités internationales

Résumé

  • L’exploration spatiale s’est imposée comme un domaine de compétition pendant la Guerre froide. Malgré la volonté d’un encadrement par le droit international, les tentatives de régulation menées dès la fin des années 1960 et au cours des années 1970 n’ont abouti qu’à un cadre juridique limité. Avec l’émergence du New Space dans les années 2000, la situation s’est encore complexifiée avec l’entrée en scène d’acteurs privés dont le rôle est devenu déterminant.

 

  • Après une courte phase de coopération internationale dans les années 1990 et 2000, notamment autour de la Station spatiale internationale (ISS), l’espace est aujourd’hui redevenu le reflet des rivalités stratégiques, comme le montre la compétition entre les Etats-Unis et la Chine dans ce domaine.

 

  • Dans ce contexte, la question de l’arsenalisation de l’espace se pose de manière croissante. La problématique de la souveraineté spatiale apparaît comme un enjeu majeur, appelé à prendre encore plus d’importance dans les années à venir.
Contexte – De la Guerre froide au New Space
La découverte de l’espace s’affirme comme objet politique au cours des années 1950, dans le contexte de la Guerre froide. A cette période, les Etats-Unis et l’URSS entament une course à l’espace, en s’appuyant sur les technologies développées dans l’Allemagne nazie pour la production des missiles V2. La conquête spatiale s’impose dès ses origines comme un corollaire de la course aux armements et de la maîtrise des technologies de missiles balistiques. A cela s’ajoute une dimension de prestige et de puissance, avec la publicité des grandes « premières » spatiales qui se succèdent rapidement : moins de douze ans séparent le lancement du premier satellite artificiel (Spoutnik, en octobre 1957) et le premier pas de l’homme sur la lune (Neil Armstrong, en 1969)[1]. Cette course entre les deux Grands voit l’Union soviétique devancer quasi systématiquement les Etats-Unis. Mais la dynamique s’inverse dans la deuxième moitié des années 1960 et les Américains rattrapent leur retard. Cette période correspond également aux premières tentatives de règlementation des activités spatiales. Alors que le Traité sur l’espace de 1967 cherche à poser les fondements juridiques de l’exploration de l’espace, plusieurs Conventions comme celle sur la responsabilité spatiale ou la Convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique s’y ajoutent. En 1979, l’Accord régissant les activités des Etats sur la Lune et les autres corps célestes établit l’appartenance de tout corps céleste, y compris ses orbites, à la communauté internationale. Il y est notamment stipulé que la Lune ne peut être utilisée qu’à des fins pacifiques et que toute activité doit y être conforme aux lois internationales, y compris à la Charte des Nations unies. Après la chute de l’URSS en 1991 et la fin de la Guerre froide, les lancements réguliers de satellites commerciaux accompagnent de nouvelles ambitions, comme par exemple l’exploration de Vénus ou Mars. Une période de coopération internationale se développe, entre autres avec la mise en orbite du premier module de la station spatiale internationale (ISS), un laboratoire exceptionnel pour réaliser des expériences scientifiques en apesanteur. Cette dernière accueille des astronautes américains, russes, japonais et canadiens mais aussi européens (français, italiens, etc.) et existe encore aujourd’hui.
La station spatiale internationale, image du 4.10.2018
Les années 2000 marquent le début d’une nouvelle ère de l’industrie spatiale : le New Space. Celui-ci se caractérise par l’arrivée massive d’acteurs privés, de startups et de PME dans le secteur spatial. Aux Etats-Unis, Jeff Bezos fonde l’entreprise Blue Origin en 2000 dans le but de rendre l’espace plus abordable et accessible au plus grand nombre. Il est suivi en 2002 par Elon Musk, qui crée l’entreprise SpaceX, dont le but est également de réduire le coût et l’accès à l’espace, notamment grâce à des lanceurs réutilisables. Ces entreprises du New Space s’appuient sur le soutien de la NASA et d’autres agences étatiques avec lesquelles ils passent des contrats pour des missions ponctuelles, comme par exemple le ravitaillement ou le transport d’astronautes. En Chine, la plupart des entreprises du spatial ont été créées après 2015, à la suite de lois autorisant les activités commerciales spatiales[2]. Aujourd’hui, le paysage se dynamise rapidement avec plus de 100 entreprises du New Space. Celles-ci bénéficient d’une demande nationale croissante pour le lancement de satellites et l’accès à l’espace. Toutefois, l’intervention de ces nouveaux acteurs américains marque le début d’un nouvel âge spatial à l’échelle globale. Celui-ci est centré sur la privatisation, l’innovation et la réduction des coûts en orbite basse.
Analyse – La rivalité sino-américaine dans l’espace
Aujourd’hui, cette tendance s’accentue et Blue Origin et SpaceX ont gagné en visibilité et en influence, notamment grâce à des opérations de communication de grande envergure comme le vol de la fusée New Shepard de Blue Origin d’avril 2025 transportant plusieurs célébrités et qui a été très médiatisé. SpaceX est également régulièrement sous les projecteurs pour ses avancées spectaculaires, notamment pour les vols du lanceur Starship. Mais cette dimension commerciale ne doit pas cacher combien ce jeu d’acteurs prend aussi une dimension géopolitique, dans un cadre plus fragmenté que le temps de la Guerre froide. De façon très nette, on y observe l’accentuation, depuis ces dernières années, de la rivalité sino-américaine. Celle-ci se cristalise notamment autour de la reconquête de la Lune[3]. En 2019, les Américains ont mis en place le programme Artemis qui vise à revenir sur la Lune avec des missions habitées et des lanceurs comme le SLS (un lanceur spatial super-lourd développé par la NASA) et la fusée Starship de SpaceX. La Chine, quant à elle, développe sa propre station lunaire appelée International Lunar Research Station (ILRS), avec l’objectif d’installer des bases lunaires avec l’envoi d’équipages en 2030[4].
La fusée chinoise Long March-5 Y5 au site de lancement spatial de Wenchang, dans la province de Hainan

De la même manière, la conquête de Mars s’impose comme la poursuite de cette compétition spatiale, toujours plus lointaine. En effet, Donald Trump a affiché la volonté de poser le drapeau américain sur Mars avant 2030. S’appuyant sur le lanceur Starship, l’idée est de faire de la Lune un tremplin : la stratégie globale de la NASA, appelée « Moon to Mars », prévoit un enchaînement technique, logistique et scientifique des missions de la surface lunaire vers Mars. Pour cela, les missions Artemis servent à tester la vie et le travail sur la Lune, dans des habitats à gravité partielle, afin de réduire les coûts liés aux expéditions martiennes. Cependant, les obstacles techniques pour ce projet restent pour l’instant nombreux et rendent leur horizon très incertain. La Chine, de son côté, suit une trajectoire similaire. Le pays a déjà conduit une mission martienne (Tianwen-1 en 2021) et prépare une mission destinée à ramener sur Terre des échantillons martiens en 2028 (Tianwen-2). Les objectifs chinois incluent par ailleurs une première mission habitée vers Mars autour de 2033, dans la continuité de ses succès robotiques et de la modernisation de ses lanceurs Longue Marche.

Enfin, la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis se joue également autour des constellations de connectivité spatiale. Celles-ci jouent un rôle hautement stratégique car elles permettent le flux d’information et notamment les communications militaires en zones de conflit. Actuellement, la constellation Starlink de SpaceX domine le marché avec plus de 8 000 satellites déjà en orbite (l’objectif étant d’atteindre un nombre de 40 000) fournissant une couverture internet haut débit mondiale. De son côté, la Chine développe plusieurs mégaconstellations, dont Guowang (13 000 satellites planifiés) et Qianfan (aussi appelé Thousand Sails) avec actuellement plusieurs dizaines de satellités lancés. A travers ces constellations, Pékin cherche à disposer d’une connectivité indépendante, à l’échelle nationale voire globale et à assurer la souveraineté numérique chinoise. En orbite géostationnaire, la Chine a réalisé en 2025 des opérations inédites de rapprochement et potentiellement de ravitaillement de satellites, ce qui pourrait changer la gestion des constellations et prolonger leur durée de vie. Ces projets sont portés par des entités publiques (China Satellite Network Group, branche de la CASC) et régionales (Shanghai Spacecom Satellite Technology), et cherchent à sécuriser les communications nationales mais aussi à concurrencer les réseaux américains.

La course aux constellations spatiales ne se limite donc pas à la connectivité civile mais s’inscrit dans une dynamique de puissance numérique et militaire, chaque pays cherchant à maîtriser ses propres infrastructures pour éviter une dépendance stratégique à l’autre. La Chine cherche ainsi à monter en puissance rapidement avec des lancements massifs (jusqu’à neuf satellites en 25 jours en août 2025) pour rattraper le retard face à Starlink. Pour se rendre moins dépendants, les Européens cherchent à développer leur propre infrastructure de résilience et d’interconnexion sécurisée par satellite[5].

Perspectives – Une arsenalisation de l’espace ?

Compte tenu de ces évolutions, l’idée d’une « militarisation » ou d’une arsenalisation de l’espace est fréquemment évoquée[6]. Jusqu’à présent, il n’existe pas d’armes positionnées dans l’espace qui pourraient viser la Terre. En revanche, de nombreuses technologies duales, c’est-à-dire d’utilisation civile et militaire, existent. Ce flou complique considérablement la mise en place et l’application de réglementations contraignantes. Un satellite d’observation peut aussi bien servir à surveiller la déforestation qu’à repérer des infrastructures militaires. De plus, des technologies capables de viser des cibles dans l’espace depuis l’espace existent, même si celles-ci sont interdites. En 1962, les Etats-Unis avaient mené un essai nucléaire dans l’espace qui avait rendu inopérables de nombreux satellites. Depuis, d’autres technologies ont été essayées. Par exemple, dans les années 1970, la station soviétique Almaz avait expérimenté l’installation d’un canon en orbite sur satellite. Plus récemment et de manière plus indirecte, un satellite russe a été repéré près d’un satellite franco-italien. Il s’agissait d’un satellite « butineur », capable d’interférer avec le fonctionnement d’une cible. Face à cette situation, la France développe le système Laser Toutatis qui vise à équiper des satellites de défense d’un laser capable de neutraliser tout objet suspect qui s’en approcherait. Pour conclure, l’espace, comme tout lieu commun, est donc à la fois un lieu de coopération mais aussi de compétition, au sein duquel il s’agit d’identifier des opportunités stratégiques.

Bibliographie

Cette fiche s’appuie sur des informations recensées dans les sources suivantes:

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