Résumé
- L’exploration spatiale s’est imposée comme un domaine de compétition pendant la Guerre froide. Malgré la volonté d’un encadrement par le droit international, les tentatives de régulation menées dès la fin des années 1960 et au cours des années 1970 n’ont abouti qu’à un cadre juridique limité. Avec l’émergence du New Space dans les années 2000, la situation s’est encore complexifiée avec l’entrée en scène d’acteurs privés dont le rôle est devenu déterminant.
- Après une courte phase de coopération internationale dans les années 1990 et 2000, notamment autour de la Station spatiale internationale (ISS), l’espace est aujourd’hui redevenu le reflet des rivalités stratégiques, comme le montre la compétition entre les Etats-Unis et la Chine dans ce domaine.
- Dans ce contexte, la question de l’arsenalisation de l’espace se pose de manière croissante. La problématique de la souveraineté spatiale apparaît comme un enjeu majeur, appelé à prendre encore plus d’importance dans les années à venir.
Contexte – De la Guerre froide au New Space
Analyse – La rivalité sino-américaine dans l’espace
De la même manière, la conquête de Mars s’impose comme la poursuite de cette compétition spatiale, toujours plus lointaine. En effet, Donald Trump a affiché la volonté de poser le drapeau américain sur Mars avant 2030. S’appuyant sur le lanceur Starship, l’idée est de faire de la Lune un tremplin : la stratégie globale de la NASA, appelée « Moon to Mars », prévoit un enchaînement technique, logistique et scientifique des missions de la surface lunaire vers Mars. Pour cela, les missions Artemis servent à tester la vie et le travail sur la Lune, dans des habitats à gravité partielle, afin de réduire les coûts liés aux expéditions martiennes. Cependant, les obstacles techniques pour ce projet restent pour l’instant nombreux et rendent leur horizon très incertain. La Chine, de son côté, suit une trajectoire similaire. Le pays a déjà conduit une mission martienne (Tianwen-1 en 2021) et prépare une mission destinée à ramener sur Terre des échantillons martiens en 2028 (Tianwen-2). Les objectifs chinois incluent par ailleurs une première mission habitée vers Mars autour de 2033, dans la continuité de ses succès robotiques et de la modernisation de ses lanceurs Longue Marche.
Enfin, la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis se joue également autour des constellations de connectivité spatiale. Celles-ci jouent un rôle hautement stratégique car elles permettent le flux d’information et notamment les communications militaires en zones de conflit. Actuellement, la constellation Starlink de SpaceX domine le marché avec plus de 8 000 satellites déjà en orbite (l’objectif étant d’atteindre un nombre de 40 000) fournissant une couverture internet haut débit mondiale. De son côté, la Chine développe plusieurs mégaconstellations, dont Guowang (13 000 satellites planifiés) et Qianfan (aussi appelé Thousand Sails) avec actuellement plusieurs dizaines de satellités lancés. A travers ces constellations, Pékin cherche à disposer d’une connectivité indépendante, à l’échelle nationale voire globale et à assurer la souveraineté numérique chinoise. En orbite géostationnaire, la Chine a réalisé en 2025 des opérations inédites de rapprochement et potentiellement de ravitaillement de satellites, ce qui pourrait changer la gestion des constellations et prolonger leur durée de vie. Ces projets sont portés par des entités publiques (China Satellite Network Group, branche de la CASC) et régionales (Shanghai Spacecom Satellite Technology), et cherchent à sécuriser les communications nationales mais aussi à concurrencer les réseaux américains.
La course aux constellations spatiales ne se limite donc pas à la connectivité civile mais s’inscrit dans une dynamique de puissance numérique et militaire, chaque pays cherchant à maîtriser ses propres infrastructures pour éviter une dépendance stratégique à l’autre. La Chine cherche ainsi à monter en puissance rapidement avec des lancements massifs (jusqu’à neuf satellites en 25 jours en août 2025) pour rattraper le retard face à Starlink. Pour se rendre moins dépendants, les Européens cherchent à développer leur propre infrastructure de résilience et d’interconnexion sécurisée par satellite[5].
Perspectives – Une arsenalisation de l’espace ?
Compte tenu de ces évolutions, l’idée d’une « militarisation » ou d’une arsenalisation de l’espace est fréquemment évoquée[6]. Jusqu’à présent, il n’existe pas d’armes positionnées dans l’espace qui pourraient viser la Terre. En revanche, de nombreuses technologies duales, c’est-à-dire d’utilisation civile et militaire, existent. Ce flou complique considérablement la mise en place et l’application de réglementations contraignantes. Un satellite d’observation peut aussi bien servir à surveiller la déforestation qu’à repérer des infrastructures militaires. De plus, des technologies capables de viser des cibles dans l’espace depuis l’espace existent, même si celles-ci sont interdites. En 1962, les Etats-Unis avaient mené un essai nucléaire dans l’espace qui avait rendu inopérables de nombreux satellites. Depuis, d’autres technologies ont été essayées. Par exemple, dans les années 1970, la station soviétique Almaz avait expérimenté l’installation d’un canon en orbite sur satellite. Plus récemment et de manière plus indirecte, un satellite russe a été repéré près d’un satellite franco-italien. Il s’agissait d’un satellite « butineur », capable d’interférer avec le fonctionnement d’une cible. Face à cette situation, la France développe le système Laser Toutatis qui vise à équiper des satellites de défense d’un laser capable de neutraliser tout objet suspect qui s’en approcherait. Pour conclure, l’espace, comme tout lieu commun, est donc à la fois un lieu de coopération mais aussi de compétition, au sein duquel il s’agit d’identifier des opportunités stratégiques.
[1] Naja, Géraldine. « Politiques spatiales intergouvernementales européennes ». Annales des Mines – Réalités industrielles, Mai 2919 (2), 6-12.
[2] Julienne, Marc. « Les ambitions spatiales de la Chine », IFRI, 20 janvier 2021.
[3] La dernière fois que des hommes ont posé le pied sur la Lune remonte à la mission Apollo 17 en décembre 1972.
[4] Julienne, Marc. « La Chine va envoyer un nouvel équipage vers sa station spatiale ». IFRI, 23 avril 2025.
[5] La prochaine fiche, consacrée à l’Espace et l’UE, se penchera sur cette question.
[6] Coutant, Katia. « Arsenalisation de l’espace : quelles armes, quelles menaces, quel droit ? », The Conversation, 27 juillet 2025.
Pour aller plus loin
Bibliographie
Cette fiche s’appuie sur des informations recensées dans les sources suivantes:
- Astorg, Jean-Marc. « Industrie spatiale : Quelle place pour l’Europe face à la domination américaine ? », Polytechnique Insights, 9 avril 2025.
- Bourron, Jean-Benoît. « La course à l’espace extra-atmosphérique entre défis scientifiques, compétition économique et rivalités de puissance ». Géoconfluences, 18 septembre 2024.
- CNES. « Newspace : les nouveaux acteurs du spatial ». CNES.
- Couraye, Hervé. « La rivalité sino-américaine dans l’espace des relations internationales ». Revue Conflits, 20 novembre 2021.
- Coutant, Katia. « Arsenalisation de l’espace : quelles armes, quelles menaces, quel droit ? », The Conversation, 27 juillet 2025.
- Guyon, Anthony. « Rivalités et puissance dans l’espace », Non Fiction, 2 décembre 2024.
- Julienne, Marc. « Les ambitions spatiales de la Chine », IFRI, 20 janvier 2021.
- Julienne, Marc. « Le succès à double tranchant du programme spatial chinois, entre performance et isolement », IFRI, 27 février 2024.
- Julienne, Marc. « La Chine va envoyer un nouvel équipage vers sa station spatiale ». IFRI, 23 avril 2025.
- Josephs, Jonathan. « La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine stiume les investissements dans les technologies spatiales », BBC, 28 septembre 2023.
- Sourbès Verger, Isabelle. „Lancement de la mission Tianwen-2 : comprendre la politique spatiale de la Chine. Une conversation avec Isabelle Sourbès-Verger ». The Conversation, 14 mai 2025.
- Khan, Natasha. « Dans la course à la Lune, le principal rival des Etats-Unis n’est plus la Russie, mais la Chine ». L’Opinion, 5 septembre 2023.
- Le Monde. Etats-Unis – Chine : un match spatial en trompe-l’œil. Le Monde, 18 mai 2021.
- Louvet, Brixe. « La Chine dévoile son plan pour bâtir sur la Lune : les Etats-Unis déjà hors course ? », Sciencepost, 24 avril 2025.
- Naja, Géraldine. « Politiques spatiales intergouvernementales européennes ». Annales des Mines – Réalités industrielles, Mai 2919 (2), 6-12.
- Wang, Alex. « Les plans de la Chine pour la conquête spatiale ». Revue Conflits, 16 mai 2025.
- Wang, Yucong, Li, Bin. „Laws governing space are 50 years old. New ones are needed to prevent it becoming a ‘wild west’. The Conversation, 18 mars 2025.
- Wohrer, Paul. « Vol réussi de la mégafusée Starship : la conquête de Mars a-t-elle un sens ? » 28 Minutes, 28 août 2025.
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