La Pologne

Publié le :

14 mai 2025
Cette fiche d'actualité s'intéresse à la Pologne : elle retrace son histoire récente et décrit son rôle au sein de différents formats de coopération multilatérale. Elle analyse ensuite la place de ce pays de culture atlantiste dans la construction d'une défense européenne et présente ses choix en termes de coopération industrielle.
L'espace baltique, la Pologne - Fiche d'actualité de l'IHEDN
Cette fiche d'actualité est également disponible en version audio

Cliquez ci-dessous pour écouter :

00:00 / 00:00

Résumé

  • Cette fiche d’actualité revient sur l’histoire récente de la Pologne, notamment les étapes de l’instauration d’un régime démocratique après 70 ans d’appartenance au bloc socialiste issu de la Seconde Guerre mondiale. Elle présente également l’insertion dans des communautés géopolitiques spécifiques à travers les différents formats de coopération multilatérale comme le groupe de Visegrad, le triangle de Weimar ou plus récemment, le triangle de Lublin.

 

  • L’analyse se focalise sur la manière dont la Pologne accélère la modernisation de son armée depuis la première invasion russe de l’Ukraine en 2014 et surtout depuis 2022, avec les implications pour le reste du continent européen.

 

  • Enfin, les perspectives s’interrogent sur les orientations de la Pologne au sein de coopérations industrielles européennes.
Contexte – Un pays au cœur de l’Europe, membre de divers forums de coopération multilatérale

Les frontières de la Pologne actuelle se constituent à la fin de la Seconde Guerre mondiale : à l’issue de la conférence de Potsdam (1945), tous les territoires allemands situés à l’est de la ligne Oder-Neisse sont rattachés à la Pologne, tandis que l’URSS acquiert l’ancienne partie orientale du pays, peuplée majoritairement de Biélorusses et d’Ukrainiens. Cette nouvelle Pologne se déplace donc vers l’ouest. Située dans la sphère d’influence de Moscou, la République populaire de Pologne est proclamée en 1952. Sa Constitution est inspirée du modèle soviétique, et elle est dirigée par un parti unique qui doit faire face, tout au long de son histoire, à des tensions. Malgré une certaine libéralisation du régime entre 1956 et 1970, les contestations demeurent croissantes, d’autant plus que les nombreuses difficultés économiques et sociales auxquelles le pays fait face, favorisent l’émergence d’une opposition plus structurée. En 1980, le syndicat Solidarnosc se constitue officiellement, sous la direction de Lech Walesa, et devient une force d’opposition majeure. Pour briser cette dynamique, le gouvernement du Général Wojciech Jaruzelski déclare la loi martiale en décembre 1981, réprimant les grèves et arrêtant les leaders d’opposition. L’état de siège est levé en juillet 1983 mais la situation économique du pays reste préoccupante sans que les mouvements de protestation ne diminuent. En 1989, des négociations ont finalement lieu entre le gouvernement et l’opposition et des élections sont organisées, portant le triomphe de Solidarnosc. En 1990, Lech Walesa est élu président de la République au suffrage universel, marquant la fin du régime communiste. Cette nouvelle liberté polonaise s’inscrit dans un mouvement qui emporte les gouvernements affidés à Moscou entre 1989 et 1991.

Les frontières de la Pologne après la Seconde Guerre mondiale

D’une part, la Pologne est un acteur majeur au sein des pays d’Europe centrale. En février 1991, le groupe de Visegrad, également appelé V4, est fondé par la Pologne, la Hongrie, et la Tchécoslovaquie (à partir de 1993, la République tchèque et la Slovaquie). L’objectif était de faciliter la coopération entre ces Etats, puis de favoriser leur intégration à l’Union européenne et à l’OTAN. A la suite de l’adhésion des quatre Etats à l’Union européenne en mai 2004, le groupe développe une politique étrangère plus ou moins commune et se focalise sur des objectifs particuliers, comme par exemple le renforcement d’une identité propre à l’Europe centrale au sein de l’UE.

D’autre part, la Pologne devient également un acteur géopolitique important pour les pays d’Europe occidentale. En août 1991, le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher crée le Triangle de Weimar. Il s’agit cette fois d’un forum de coopération trilatérale entre la France, l’Allemagne et la Pologne. Son objectif était d’associer la France à la réconciliation germano-polonaise, de renforcer le dialogue et la coopération politique entre les trois pays et de soutenir également l’intégration de la Pologne dans l’OTAN et dans l’UE. La Pologne intègre effectivement l’OTAN en 1999 et l’UE en 2004. Le triangle de Weimar évolue alors vers une enceinte de concertation entre les trois pays, en amont des négociations européennes.

Ces deux formats sont complétés par d’autres, plus récents : L’initiative des trois mers est lancée en 2016. Il s’agit d’un forum composé de treize pays d’Europe centrale et orientale, membres de l’Union européenne. Portée en grande partie par la Pologne, cette initiative se focalise principalement sur l’énergie, le transport et le numérique. En 2020, le triangle de Lublin, qui réunit la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine s’ajoute aux différents forums de coopération multilatérale. L’un des objectifs explicites du Triangle de Lublin est de rapprocher l’Ukraine de L’initiative des Trois Mers, et plus largement la mise en place d’une réponse trilatérale à des enjeux communs. Ces formats intègrent l’Ukraine comme acteur à part entière d’un forum réunissant des membres de l’UE et de l’OTAN.

Concernant l’impact réel de ces différents formats, le groupe de Visegrad gagne en visibilité au sein de l’Union européenne entre 2015 et 2013 lorsque lorsque le parti Droit et Justice (PiS), ultraconservateur, est au pouvoir. Ses dirigeants mettent notamment l’accent sur la défense des intérêts nationaux polonais au sein de l’UE et critiquent ce qu’ils perçoivent comme une domination franco-allemande dans les affaires européennes. Visegrad défend alors la souveraineté des Etats membres au sein de l’UE, une vision libérale du marché unique européen, le rapatriement de certaines compétences au niveau national et s’oppose au fédéralisme européen. Ses membres s’opposent par ailleurs à la politique de répartition des réfugiés par quotas au sein de l’UE en 2015.

Depuis la réélection de Donald Tusk du parti de centre-droit Plateforme civique (PO) en 2023, le triangle de Weimar a regagné en importance. Les dirigeants français, allemands et polonais ont notamment cherché à mettre en avant ce format pour coordonner leur soutien à l’Ukraine.

Analyse – Pivot, point d’appui et bientôt rempart de l’Europe ?

Aujourd’hui, la Pologne joue un rôle central au sein de l’Union européenne pour plusieurs raisons. D’une part, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le centre de gravité de l’Union européenne s’est progressivement déplacé vers l’Est. A cet égard, la Pologne dispose d’une situation stratégique : au bord de la mer Baltique, entourée par l’Allemagne, la République tchèque, la Slovaquie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie et l’exclave russe de Kaliningrad.

La situation de la Pologne

D’autre part, l’orientation résolument pro-européenne de Donald Tusk et l’appartenance de son parti au plus grand groupe politique du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) ont permis de donner un rôle important à la Pologne à l’issue des élections européennes de 2024. Ainsi, son proche conseiller, Piotr Serafin, a été nommé commissaire du budget, de la lutte antifraude et de l’administration publique[1]. Un porte-feuille important compte-tenu des discussions sur un potentiel financement commun de l’effort de défense européen. A cela s’ajoute le fait que la Pologne a pris la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne le 1er janvier 2025. Son slogan « Sécurité, Europe ! » reflète clairement les priorités du gouvernement de Tusk dans un contexte politique international fragilisé.

La Pologne veut peser et elle s’affirme comme une nouvelle puissance militaire depuis 2014, en cherchant à renforcer et accroître ses capacités militaires. Elle lance notamment un plan de modernisation de l’armée polonaise et prévoit 14 milliards d’investissement[2]. En 2022, à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, elle prévoit l’augmentation du budget de la défense à minimum 3% du PIB dès 2023 et a pour objectif de doubler les effectifs militaires, en les portant à 300 000 jusqu’en 2035. Actuellement, la Pologne consacre 4,7% de son PIB à la défense et a pour objectif de construire la première armée de Terre d’Europe. Pour cela, les différentes forces politiques, autrement très polarisées, ont réussi à se mettre d’accord via la loi sur la Défense de la Nation, qui constitue la base du réarmement. Les Polonais disposent actuellement de 200 000 militaires, dont 130 000 professionnels ainsi que des réservistes et des volontaires au sein des forces territoriales[3]. Ils disposent également de plus de chars et de pièces d’artillerie que les autres pays européens[4]. On observe une phase de transition ; une partie du matériel est ancien, datant de la période soviétique, et une partie – notamment des chars – a été cédée aux Ukrainiens. Pour cette raison, le pays investit fortement dans la massification et la modernisation de son armée. Si les cibles d’acquisition de matériels sont atteintes, la Pologne devrait devenir la première armée d’Europe en 2035[5]. A cette date, la Pologne souhaite disposer d’une défense capable combattre la menace russe.

En effet, cette dernière constitue la priorité de la politique de défense polonaise et a donné lieu à des choix stratégiques importants au cours des dernières années. Avant la guerre en Ukraine, les Polonais misaient sur une défense élastique pour reculer et reprendre les territoires perdus avec l’aide des alliés de l’OTAN en cas d’attaque de la Russie. Mais cette approche a été abandonnée à la suite des massacres commis par les Russes à Boutcha, en banlieue de Kyiv. Concrètement, il s’agit de renforcer les infrastructures de défense déjà existantes aux frontières avec la Russie et la Biélorussie[6]. Ces frontières sont en grande partie sauvages, bordées d’épaisses forêts, de marécages et de centaines de lacs. Elles disposent toutefois de points vulnérables, comme le corridor de Suwalki, au nord-est, ou la « porte de Brest », du nom de cette ville de Biélorussie, une bande de terre de 80 kilomètres de large, qui a servi de nombreuses fois, au cours de l’histoire, à des mouvements de troupes est-ouest. Varsovie se situe seulement à 160 kilomètres de cette zone. Le gouvernement a donc entrepris la (re)construction d’une ligne de défense ferme et fixe, appelée « bouclier de l’est » ou « bouclier oriental ». Décidée à la fin de l’année 2024, cet ensemble sera composé entre autres, de murs, mines, fossés et bunkers, afin d’éviter au maximum une pénétration des forces russes en Pologne. A la fois lourdes, légères et technologiques ces défenses s’étendent sur 700 kilomètres et devraient être opérationnelles en 2028. Elles bénéficient de capacités de défense de l’avant, notamment par une artillerie à longue portée très puissante pour traiter les menaces dans la profondeur, et jusqu’à une distance de 150 à 300 kilomètres. Cette frontière d’ampleur est perçue comme un rempart visant à protéger l’Europe tout entière, au-delà de la seule Pologne. Elle est d’ailleurs pensée pour in fine, s’intégrer à la « ligne de défense baltique », un réseau de positions fortifiées, incluant des bunkers et des « installations défensives anti-mobilité » annoncé en janvier 2024 par les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens.

L’objectif principal de ces lignes de défense est de dissuader la Russie. Mais la position de « rempart européen » fait également de la Pologne un acteur central de la défense de l’Europe qui lui permet aussi de peser dans les débats et de pouvoir exiger que les questions régionales et notamment le futur de l’Ukraine – ne soient pas débattu sans elle comme c’était le cas pour Minsk 2 en 2015.

Perspectives – Une politique d’armement avant tout pragmatique ?

Pour des raisons historiques, la politique de défense polonaise était jusqu’alors marquée par un fort tropisme transatlantique. Cela se caractérisait par l’achat massif de matériel américain, notamment des F35. Pour des raisons pragmatiques, comme par exemple la rapidité de la livraison, la flexibilité ou encore le coût attractif, la Pologne a aussi entamé un effort de diversification de ses sources d’armement depuis la guerre d’Ukraine. A titre d’exemple, concernant ses équipements terrestres, sur 1600 unités, elle dispose de 1000 chars sud-coréens K2 et 366 chars américains Abrams. Par ailleurs, les contrats signés avec la Corée du Sud en juillet 2022 contiendraient des transferts de technologie et des coopérations qui pourraient, à terme, rendre plus autonome l’industrie de défense polonaise et même la poser en concurrente de ses homologues ouest-européennes[7].

Bibliographie

Cette fiche s’appuie sur des informations recensées dans les sources suivantes:

La traduction de cette fiche est automatique