Les Lundis de l'IHEDN sont maintenant disponibles en version audio !
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Pour appréhender ce concept clé de la doctrine militaire moderne, une analogie simple s’impose : celle d’un grand orchestre symphonique.
Initialement, l’art de la guerre reposait sur une action cloisonnée. Les forces terrestres, maritimes et aériennes opéraient chacune selon sa propre partition. La coordination interarmes ou interarmées se faisait au cas par cas.
Aujourd’hui, l’émergence de nouveaux espaces de conflictualité (le cyberespace, le spatial via les réseaux de satellites, le champ informationnel sur les réseaux sociaux…) a profondément complexifié la réflexion stratégique et la réalité opérationnelle.
DE L’ACTION CLOISONNÉE À LA SYMPHONIE DES MILIEUX
La « supériorité multi-domaine » consiste précisément à synchroniser l’ensemble de ces milieux, physiques et numériques, en temps réel. La réussite des opérations dépend désormais d’une coordination globale une synchronisation des effets entre des milieux physiquement et des équipements initialement pensés pour son propre milieu.
Dans un article publié en 2020 dans la Revue Défense Nationale alors qu’il était auditeur du Centre des hautes études militaires (CHEM) et de l’IHEDN, Étienne Faury estimait que « le combat multi-domaine moderne tirerait ses origines de l’ère soviétique et du foisonnement doctrinal des années 1920-1930 ».
Devenu depuis général de division aérienne (et nommé fin 2025 Délégué à l’expertise nucléaire de défense et de sécurité, Étienne Faury ajoutait que la version contemporaine du combat multi-domaine a émergé aux États-Unis dans les années 2010 afin de « faire face au retour des menaces symétriques d’origines russe et chinoise tout en intégrant les nouveaux milieux de conflictualité ».
UNE RÉVOLUTION DOCTRINALE ACCÉLÉRÉE PAR LE RETOUR DE LA HAUTE INTENSITÉ
Voici la définition qu’il donnait de cette « révolution » à la fois « indispensable et inéluctable » :
« Les opérations modernes dites multi-domaine consistent à intégrer et combiner les effets des nouveaux domaines (informationnel, cyber et spatial) dans les opérations interarmées aux niveaux opératifs et tactiques avec un cycle décisionnel accéléré, afin de surprendre, saturer ou déstructurer l’adversaire. […]
Celui qui dispose de la dynamique de décisions et d’actions la plus rapide sur le maximum d’effets combinés possède alors un avantage militaire : la surprise. […]
Certains spécialistes jugent cette synergie multi-domaine inéluctable sur le long terme compte tenu de la convergence de tous les domaines via les outils numériques. »
Six ans après ces analyses, et sous l’effet des récents conflits de haute intensité, cette synergie est devenue une réalité opérationnelle. Elle est désormais bien intégrée dans les armées et la base industrielle et technologique de défense françaises, comme en témoigne la création du Commandement du combat futur (CCF) de l’armée de Terre en 2023, ou celle du Commissariat au numérique de défense (CND, relevant directement du ministre des Armées) en 2025.
Autre exemple, le choix de la supériorité multi-domaine comme axe n°1 d’Eurosatory 2026. Cet axe entend mettre en avant « l’intégration des technologies numériques, de l’IA, du cloud, du C4ISR [NDLR : acronyme anglophone pour « commandement, contrôle, communications, informatique, renseignement, surveillance et reconnaissance »] et de la guerre électronique pour renforcer la protection, la coordination et la supériorité informationnelle des forces ».
LES SIX PILIERS DE LA SUPÉRIORITÉ MULTI-DOMAINES
L’axe 1 sera développé à travers six thématiques qui tracent un périmètre actuel de la supériorité multi-domaine :
- C2 (commandement et contrôle), fusion des capteurs et autonomie décisionnelle : collecter et croiser instantanément des données multisources pour accélérer la prise de décision ;
- Guerre électromagnétique et lutte spectrale : maîtriser et dominer le spectre pour assurer les communications, la détection et le brouillage ;
- Cyberdéfense et souveraineté numérique : garantir la sécurité des systèmes critiques et la continuité d’action dans l’espace cyber ;
- Influence, désinformation et guerre cognitive : protéger ou imposer un narratif face aux stratégies hybrides et aux manipulations des perceptions ;
- Cloud de défense et data tactique : traiter et valoriser la donnée, devenue une ressource opérationnelle à part entière ;
- Interopérabilité et coalitions élargies : assurer la compatibilité technique et le partage de données fluide entre forces alliées.
Sur les stands du salon, cette évolution modifie radicalement la présentation des matériels. Un char d’assaut ou un drone ne sont plus exposés comme des équipements isolés, mais comme les maillons hyperconnectés d’un même réseau.
L’enjeu des démonstrations dynamiques et des simulations proposées à Eurosatory est de rendre ce concept concret : montrer comment les informations captées depuis l’espace ou le ciel par un drone ou un satellite sont transmises en direct sur l’écran d’un soldat au sol, dictant sa manœuvre immédiate.