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Depuis l’Antiquité, les armées utilisent des animaux pour des fonctions aussi diverses que le combat, le transport, la reconnaissance ou la transmission de messages.
Les éléphants de guerre en sont l’un des exemples les plus spectaculaires. Utilisés en Inde jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, mais aussi dans l’Empire perse, en Chine, et au Vietnam jusqu’aux conquêtes coloniales du XIXe siècle, ils ont également marqué l’histoire militaire européenne après les conquêtes d’Alexandre le Grand.
En 218 av. J.-C., le général carthaginois Hannibal franchit ainsi les Alpes avec des éléphants lors de la deuxième guerre punique. Pour lutter contre ces imposants « chars d’assaut », les Romains auraient notamment utilisé des cochons recouverts d’une substance enflammée.
Le dauphin a, lui aussi, été utilisé à des fins militaires. La marine américaine, avec son Navy Marine Mammal Program (NMMP), créé en 1960 et arrêté en 2017, a entraîné des dauphins pour détecter des mines, protéger des navires et rechercher des objets, notamment pendant la guerre du Vietnam et la guerre d’Irak.
Longtemps relégués au second plan des récits militaires, les animaux ont pourtant joué des rôles essentiels auprès des soldats. Leurs missions ont évolué avec les transformations de la guerre et les progrès technologiques, mais certains continuent aujourd’hui d’apporter des capacités spécifiques aux forces armées. Décryptage en cette journée mondiale des animaux. Aujourd’hui encore, les animaux sont présents au sein des forces armées françaises.
Le cheval : pilier de la puissance militaire et de la logistique
Utilisé à des fins militaires depuis plus de 5000 ans, le cheval a longtemps été l’un des principaux auxiliaires des armées. D’abord attelé à des chars de guerre, il devient progressivement un élément essentiel de la cavalerie. En Europe, il permet aux armées de gagner en mobilité, de charger l’adversaire et de transporter hommes, armes et ravitaillement. Pendant des siècles, la puissance militaire repose ainsi en partie sur cet « animal guerrier par excellence », déterminant sur le champ de bataille.
À l’époque moderne, son rôle se diversifie. Aux chevaux de cavalerie s’ajoutent ceux employés pour l’artillerie et le transport, faisant du cheval bien plus qu’une arme : une véritable infrastructure logistique mobile. Sous Napoléon Ier, la cavalerie est ainsi organisée en unités lourdes et légères, chargées aussi bien de la charge que de la reconnaissance et des raids.
La Première Guerre mondiale marque toutefois un premier bouleversement. Malgré l’essor des armes modernes et de la motorisation, les armées restent fortement dépendantes des chevaux. Près de 11 millions de chevaux, mulets et ânes sont ainsi incorporés dans les armées européennes. En France, 1,9 million de chevaux, dont 520 000 réquisitionnés en seulement dix-sept jours, sont mobilisés au cours du conflit, et plus d’un million périssent. En effet, en 1914, l’armée française ne dispose encore que de 170 véhicules automobiles : le cheval demeure donc indispensable au fonctionnement quotidien de l’armée.
L’entre-deux-guerres accélère cependant cette transformation déjà engagée. Les progrès de la motorisation, des blindés et de l’aviation remettent progressivement en cause la place de la cavalerie traditionnelle. La Seconde Guerre mondiale assoit ce tournant : si les chevaux sont encore largement employés pour le transport et la logistique, notamment par les armées européennes, la guerre mécanisée confirme la supériorité des véhicules motorisés pour la mobilité et le combat. Le cheval cesse alors progressivement d’être un élément central de la manœuvre militaire. Le musée de l’Armée souligne toutefois qu’il reste présent durant toute la Seconde Guerre mondiale, conflit au cours duquel le plus grand nombre de chevaux a été employé.
Aujourd’hui, le cheval n’est donc plus utilisé comme moyen de combat conventionnel par les armées françaises, il conserve néanmoins une fonction opérationnelle dans certaines unités. Le régiment de cavalerie de la Garde républicaine, dernière unité montée de l’armée française (et la plus grande d’Europe), compte environ 460 chevaux et assure notamment des missions de surveillance, de recherche de personnes, de sécurisation de grands rassemblements et de patrouille, en plus d’être présent pour des escortes et cérémonies officielles. Cette unité est également la dernière à s’entraîner et à savoir charger avec sabres et armes.
Le cheval n’a cependant jamais été le seul équidé au service des armées. Moins prestigieux mais particulièrement précieux pour la logistique, le mulet et l’âne ont longtemps permis de transporter hommes, vivres et matériel sur des terrains difficiles, notamment en montagne. Leur capacité à évoluer dans des espaces escarpés leur confère encore un intérêt particulier lorsque les véhicules ne peuvent pas accéder à certaines zones.
Pigeons voyageurs : les premiers drones de l’armée
Utilisé comme messager depuis l’Antiquité par les Égyptiens, les Grecs et les Romains, le pigeon voyageur s’est progressivement imposé comme un moyen de communication particulièrement adapté aux situations de guerre. En France, son emploi militaire se structure véritablement en 1870, lors du siège de Paris, avec la création du premier service colombophile. Les pigeons permettent alors de maintenir les communications avec la capitale assiégée.
La Première Guerre mondiale marque l’apogée de leur utilisation militaire. Face à la vulnérabilité des lignes téléphoniques et télégraphiques et aux difficultés rencontrées par les estafettes, l’armée française mobilise entre 40 000 et 60 000 pigeons. Des colombiers, parfois mobiles, sont installés au plus près du front afin de permettre aux oiseaux de transmettre des informations depuis les positions avancées. Capables de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres dans des conditions difficiles grâce à leurs capacités respiratoires, à leur oreille interne qui leurs confère un sens de l’orientation très poussé, ces oiseaux peuvent voler jusqu’à 70 km/h, et constituent donc un moyen de communication discret et difficile à intercepter.
Parmi eux, Vaillant, matricule 787-15, devient le symbole de la colombophilie militaire. Le 4 juin 1916, alors que le fort de Vaux est encerclé au nord-est de Verdun, le commandant Sylvain Raynal envoie son dernier pigeon avec un message de détresse. Malgré les tirs et les gaz, Vaillant parvient à rejoindre Verdun après plusieurs heures de vol. Même si la tentative de dégagement du fort fut un échec, Vaillant est cité à l’ordre de la Nation.
Leur rôle se poursuit pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les opérations clandestines et de renseignement. Des milliers de pigeons sont parachutés par les Britanniques au-dessus des territoires occupés afin de permettre aux réseaux de résistance de transmettre des renseignements à Londres. Grâce à la microphotographie, permettant des prises de vue aériennes, un seul oiseau pouvait transporter jusqu’à 3 000 messages miniaturisés. Les pigeons deviennent ainsi un moyen de communication pour le renseignement particulièrement précieux lorsque les autres moyens de transmission sont surveillés ou coupés.
Avec le développement de la radio, des télécommunications puis des technologies numériques, l’usage opérationnel du pigeon voyageur décline progressivement. Le dernier colombier militaire opérationnel français est finalement dissous en 1961. Un colombier de tradition est toutefois conservé et installé au Mont-Valérien, près de Paris, en 1981, où il devient un lieu de mémoire consacré à la colombophilie militaire.
En effet, aujourd’hui, le Mont-Valérien abrite toujours le dernier colombier militaire actif d’Europe. Les presque 200 pigeons n’y sont plus entraînés pour des missions militaires opérationnelles, mais leur élevage et leur entraînement permettent de préserver cette tradition. C’est le maréchal des logis Sylvain du 8e régiment de transmissions qui dirige ce dernier colombier militaire.
- Pour en savoir plus sur le maréchal des logis Sylvain et ses pigeons : Pigeons voyageurs : les ailes de la guerre | Ministère des Armées et des Anciens combattants
Les chiens, meilleurs amis de l’homme… et du soldat
Utilisé à des fins militaires depuis l’Antiquité, le chien a longtemps été employé principalement pour la garde et la surveillance. Au fil des siècles, ses fonctions se diversifient progressivement, mais son emploi militaire reste longtemps peu structuré.
C’est à la fin du XIXe siècle que les armées européennes commencent à s’intéresser plus systématiquement aux capacités du chien. En France, la première Société du chien sanitaire est créée en 1908 et, dès 1911, le ministère de la Guerre reconnaît officiellement l’utilité des chiens sanitaires pour rechercher les blessés, et entreprend leur formation. Pendant la Première Guerre mondiale, leurs missions s’étendent : chiens de liaison, patrouilleurs, sentinelles et toujours chiens sanitaires. Ils peuvent également transporter des messages, des munitions ou du matériel. À la fin du conflit, plus de 3 200 chiens servent dans les armées françaises.
La Seconde Guerre mondiale confirme cette évolution vers un emploi plus spécialisé. Le chien n’est plus seulement un animal de garde ou un compagnon du soldat : ses capacités sensorielles et sa mobilité en font un véritable auxiliaire militaire. Dans les armées, il est notamment employé pour la surveillance, la transmission, la recherche ou la détection.
Après 1945, le développement des technologies et la transformation des champs de bataille réduisent progressivement les fonctions traditionnelles du chien. Mais contrairement au cheval ou au pigeon voyageur, il ne disparaît pas des armées : ses capacités naturelles deviennent au contraire sa principale valeur ajoutée. Son odorat, sa capacité de pistage, sa mobilité et sa faculté à évoluer dans des environnements complexes restent difficiles à reproduire entièrement par des moyens technologiques.
Aujourd’hui, le chien militaire est ainsi devenu un partenaire opérationnel spécialisé. Le 132e régiment d’infanterie cynotechnique assure notamment la formation et l’emploi des chiens de l’armée de Terre pour la détection et la neutralisation d’adversaires ainsi que la recherche d’explosifs, de substances dangereuses et de munitions. Au sein de l’armée française, environ 2 800 chiens sont en service, avec plus de 300 maîtres-chiens.
Cette évolution se retrouve également au sein de la Gendarmerie nationale dont toutes les équipes cynophiles sont formées au Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG), à Gramat, dans le Lot. Par exemple, le GIGN dispose de chiens spécialisés dans l’assaut, le pistage et la recherche d’explosifs, certains pouvant même être guidés à distance par leur maître grâce à des dispositifs radio ou laser. Le chien devient alors un véritable prolongement des capacités du soldat, au sein d’un binôme homme-animal dont l’efficacité repose autant sur l’entraînement que sur la complémentarité de leurs aptitudes.
- Pour en savoir plus sur la place des chiens au sein des armées : Mon chien, ce soldat (#JDEF)
De l’animal à la machine : reproduire les capacités du vivant
Le remplacement progressif de certains animaux par des machines répond à plusieurs évolutions. La fatigue, les besoins alimentaires, les soins, les blessures ou encore les contraintes liées au transport et aux longues distances limitent les capacités d’un animal en opération. À ces contraintes s’ajoutent l’évolution des considérations éthiques et du rapport de la société à l’utilisation des animaux au combat. Comme le souligne le ministère des Armées, leur emploi est aujourd’hui davantage questionné sur le plan philosophique et éthique.
Mais la technologie ne cherche pas seulement à remplacer l’animal : elle cherche aussi à reproduire certaines de ses capacités. La logique est ainsi de passée progressivement de l’animal à sa fonction, puis de sa fonction à son équivalent technologique : le cheval et le mulet pour le transport, remplacés par des véhicules et des robots logistiques, le pigeon pour la transmission, supplanté par les radiocommunications, les drones et les satellites, le chien pour la détection ou la reconnaissance, auquel drones et robots peuvent désormais apporter des alternatives. La robotique biomimétique va même plus loin en s’inspirant directement de sa morphologie.
Le robot quadrupède en constitue l’un des exemples les plus visibles. En France, l’Agence de l’innovation de défense (AID) a acquis deux robots VISION 60 de Ghost Robotics afin d’expérimenter leur emploi tactique par les trois armées et le GIGN. Ces expérimentations portent notamment sur les possibilités d’envoyer une machine plutôt qu’un militaire ou animal dans certains environnements.
Cependant, la robotique militaire française et internationale est aujourd’hui encore largement dans une phase d’expérimentation et de maturation, plutôt que dans celle d’un remplacement généralisé du soldat ou de l’animal. L’AID, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’armée de Terre multiplient les essais à travers des dispositifs comme CoHoMa (coopération homme-machine), qui confronte des robots et des drones à des scénarios tactiques réalistes, ou le challenge Mobilex, consacré à la mobilité autonome sur des terrains complexes. Le projet Pendragon doit, quant à lui, permettre d’expérimenter une unité robotique de combat associant plusieurs plateformes terrestres et aériennes.
Ces machines peuvent donc reprendre certaines fonctions autrefois assurées par les animaux, tout en apportant d’autres avantages : elles ne connaissent pas la fatigue biologique, peuvent être envoyées dans des zones dangereuses et permettent de recueillir et transmettre des données. Elles ont toutefois leurs propres vulnérabilités : autonomie énergétique, maintenance, dépendance aux réseaux et aux capteurs.
Cette évolution ne signifie pas pour autant la disparition des animaux des forces armées. Le chien constitue précisément un cas où la technologie peine encore à reproduire l’ensemble de ses capacités. Son odorat, sa mobilité, sa capacité d’adaptation et surtout la complémentarité avec son maître en font un auxiliaire difficile à remplacer intégralement. Le ministère des Armées décrit ainsi le binôme homme-chien comme une équipe « indissociable » ; c’est la raison pour laquelle il achète chaque année environ 350 chiens pour les trois armées.
L’innovation ne vise d’ailleurs pas uniquement à les remplacer : elle sert aussi à mieux les protéger, comme le montrent les recherches menées sur des équipements destinés à améliorer leur protection et leur bien-être en opération.
L’avenir semble donc moins opposer l’animal au robot que faire coexister leurs capacités. Le robot peut prendre en charge certaines missions dangereuses ou répétitives, tandis que le chien conserve des facultés biologiques encore difficiles à reproduire artificiellement.
Du cheval au robot quadrupède, l’histoire montre ainsi moins la disparition progressive de l’animal que la transformation de ses fonctions.