L’IHEDN, un moteur du rapprochement des cultures stratégiques en Europe

Publié le :

17 mai 2026
À l’occasion du mois de l’Europe et du 90e anniversaire de l’IHEDN, focus sur son rôle historique et actuel dans la structuration d’une culture stratégique européenne. Présente depuis l’origine dans les formations, cette dimension n’a cessé de se renforcer : aujourd’hui, l’Institut conçoit et organise de nombreuses formations au profit de partenaires étatiques et institutionnels européens, contribuant à la réflexion collective en matière de sécurité et de défense.
Lundi de l'ihedn : L’IHEDN, un moteur du rapprochement des cultures stratégiques en Europe
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En 2026, les questions stratégiques européennes sont étudiées par tous les auditeurs de l’Institut, pendant le mois de l’Europe comme le reste de l’année : sessions en région, cycles Jeunes et en intelligence économique, session nationale… chaque auditeur est amené à appréhender les nombreux aspects du système européen de sécurité et de défense, dans ses volets politique, économique et industriel. En parallèle, l’Institut organise aussi des sessions internationales dédiées.

Après la Seconde Guerre mondiale, la renaissance de l’IHEDN en 1948 s’inscrit dans un contexte de structuration progressive de la sécurité européenne, illustré la même année par la signature du Traité de Bruxelles. Dès la première session d’après-guerre, après l’allocution d’ouverte, le discours qu’écoutent les auditeurs porte sur « Le Pacte de Bruxelles, son but, ses réalisations actuelles, ses perspectives d’avenir ».

Par la suite, les liens de l’Institut avec la future Union européenne mais aussi avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN), fondée en 1949 et siégeant à Paris depuis 1950, ne cessent de se renforcer. À l’automne 1951, l’IHEDN est rejoint dans ses locaux du Pavillon de l’Artillerie de l’École militaire par le Collège de défense de l’OTAN, créé par le directeur de l’IHEDN, le vice-amiral d’escadre André Lemonnier, en s’inspirant notamment de l’institut français.

L’amiral Lemonnier répondait à une demande du commandant suprême de l’Alliance atlantique en Europe, le général américain Dwight Eisenhower, dont il était en même temps l’adjoint naval. Quand la France quittera le commandement intégré de l’OTAN, en 1966, le Collège déménagera à Rome et le siège de l’organisation à Bruxelles.

Plus tard, dans les années 2000, la France et l’Allemagne soutiennent la création d’une capacité de formation européenne en matière de sécurité et de défense. L’idée puise sa source dans la session européenne de l’IHEDN, dont la première s’est tenue fin 1988. Jusqu’à sa disparition en 2004, elle a formé 469 auditeurs issus de 35 pays du continent, dont ceux de l’ex-bloc soviétique dès 1993.

UNE RELATION STRUCTURANTE AVEC LE COLLÈGE EUROPÉEN DE SÉCURITÉ ET DE DÉFENSE

Créé en 2005, le Collège européen de sécurité et de défense (CESD) constitue aujourd’hui un cadre central de la formation aux enjeux de sécurité et de défense au niveau européen. L’IHEDN y représente la France depuis l’origine, au sein de sa gouvernance et de son conseil pédadogique. Comme le souligne le directeur du Collège, Fergal Ó Regan,

« la relation entre le CESD et l’IHEDN est d’autant plus unique que par sa propre structure institutionnelle et les liens étroits avec les organismes français de la sécurité, de la défense, et de la diplomatie qui en découlent, l’engagement de l’IHEDN au sein du CESD a toujours reflété le dévouement de la France envers le projet du Collège. »

Chaque année, l’IHEDN contribue activement à la conception et à la mise en œuvre de formations couvrant un large spectre d’enjeux stratégiques contemporains, en partenariat avec plusieurs institutions européennes : BAKS (Bundesakademie für Sicherheitspolitik, Allemagne), l’Institut Egmont (Belgique), le CASD (Centro Alti Studi per la Difesa, Italie), le CSDA (Cyprus Security and Defence Academy, Chypre), l’IDN (Instituto da defesa nacional, Portugal), the Intelligence College in Europe, etc.

Le choix des thématiques traitées reflète le dialogue permanent entre le CESD, l’IHEDN et les États membres sur les enjeux stratégiques et sécuritaires émergents auxquels l’Union européenne est confrontée. Le directeur Ó Regan résume d’ailleurs les apports concrets de ce travail:

« Ce n’est pas seulement la durée de l’engagement de l’IHEDN au sein du CESD qui compte, c’est surtout sa qualité : au cours de deux décennies d’existence du CESD, l’IHEDN a contribué à notre développement par des formations excellentes, toujours à la pointe de l’actualité, avec une lecture stratégique des enjeux politiques qui dominent le domaine de la sécurité et de la défense. »

Pour cette année 2026, l’IHEDN organise 9 cours sous l’égide du CESD :

  • Cours Cyber Diplomacy (Advanced) en janvier à Bruxelles
  • Senior Strategic Course – module 1 en février à Bruxelles
  • Cours Enjeux de la sécurité maritime en mars à Nicosie
  • Senior Strategic Course – module 2 en mars à Berlin
  • Cours Challenges of Space for CSDP and the EU en avril à Bruxelles
  • Senior Strategic Course – module 3 en mai à Rome
  • Hybrid Threats Challenges en juin à Bruxelles
  • Cours Drone Security en octobre à Bruxelles
  • The EU Intelligence Framework en décembre à Paris
  • Hybrid Threats Challenges en décembre à Bruxelles

LES MULTIPLES FACETTES DE LA SÉCURITÉ ET DE LA DÉFENSE EN CONTEXTE FRANÇAIS OU EUROPÉEN

Les auditeurs formés lors des cours CESD sont des 27 nationalités des États membres. Avec en moyenne 40 auditeurs par session, un total d’environ 250 auditeurs européens sont formés chaque année par l’IHEDN dans le cadre des cours CESD (le Senior Strategic Course étant divisé en trois modules).

Fergal Ó Regan tient à souligner l’importance de la contribution pédagogique de l’IHEDN dans ces différentes formations :

« L’IHEDN apporte une grande valeur ajoutée à la maquette pédagogique du CESD. Grâce à son ancrage institutionnel et à sa perspective alliant recherche et pratique, l’IHEDN aborde la formation selon le même prisme que le CESD. Cela se manifeste non seulement par le choix des sujets traités lors des activités organisées conjointement avec le CESD, toujours d’une grande pertinence pour l’Europe, mais aussi par la qualité de leur préparation et de leur mise en œuvre.

En effet, l’IHEDN met régulièrement à la disposition du CESD son professionnalisme, fruit de 90 ans d’expérience, ainsi qu’un réseau d’intervenants civils et militaires d’une qualité exceptionnelle, couvrant les multiples facettes de la sécurité et de la défense, qu’il s’agisse du contexte français ou européen. »

Représenté à Bruxelles, au plus près des institutions de l’Union européenne et de l’OTAN, l’IHEDN mobilise des intervenants de haut niveau issus des institutions européennes, des États membres, de l’industrie de défense et des think tanks comme notre partenaire IRSEM Europe. Ces formations et activités organisées à Bruxelles offrent aux auditeurs un accès direct aux mécanismes de décision européens et contribuent à renforcer la compréhension des dynamiques de coopération en matière de sécurité et de défense.

En complément des cours CESD, l’IHEDN organise régulièrement des missions d’étude à Bruxelles au profit des auditeurs des 5 majeures de la session nationale. Ces déplacements permettent des échanges directs avec les institutions européennes : Parlement européen, Commission, Service européen d’action extérieure, Conseil de l’UE.

LA SESSION EUROPÉENNE DES RESPONSABLES D’ARMEMENT, RENDEZ-VOUS MAJEUR DEPUIS 37 ANS

S’ajoutent à cela, ponctuellement, des séminaires comme celui sur le futur de la boussole stratégique européenne en décembre 2025 à Bruxelles, et des sessions bipartites réalisées par l’IHEDN dans des États partenaires, comme en février 2026 en Moldavie pour le compte de l’état-major des armées et de la Direction générale des relations internationales et stratégiques du ministère des Armées.

Autre rendez-vous continental majeur pour l’IHEDN, la Session européenne des responsables d’armement (SERA), une formation annuelle regroupant près de 80 auditeurs des pays de l’UE, ainsi que du Royaume-Uni, de la Norvège, de la Suisse, de la Turquie et d’organismes tels que la Commission européenne, l’Agence européenne de défense, la Banque européenne d’investissement ou encore l’OCCAr (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement).

Initialement à l’initiative du CHEAr (Centre des hautes études de l’Armement), cette formation est opérée depuis 2010 par l’IHEDN. La 37e édition a débuté à Paris en mars sur le thème « Innovate, finance, scale up: building urgently Europe’s defence of tomorrow ».

L’ingénieur général de l’armement Caroline Salahun, présidente de la SERA (et par ailleurs chef du département de la session nationale de l’IHEDN), détaille l’apport de cette session :

« La SERA est un formidable forum d’échanges entre responsables européens de haut niveau du secteur de l’armement, étatiques et industriels, qui permet à la fois une meilleure compréhension des problématiques européennes en matière de défense, un partage d’expérience et une réflexion collective sur les orientations à privilégier pour le renforcement des capacités européennes.

Les liens noués durant la session sont de nature à faciliter les coopérations et participent au développement d’une culture commune, particulièrement utile dans le contexte actuel de réarmement européen et de montée en puissance des initiatives de l’UE sur ces enjeux. »

Comme le note l’ambassadrice Aurélia Bouchez, chef du département de l’Europe et des affaires internationales de l’IHEDN, « l’engagement européen de l’Institut s’est progressivement renforcé pour accompagner l’évolution de l’Union européenne en matière de sécurité et de défense, en lien étroit avec ses institutions et ses partenaires ».

RAPPROCHER LES CULTURES STRATÉGIQUES NATIONALES PAR UN DIALOGUE DE HAUT NIVEAU ENTRE DÉCIDEURS CIVILS ET MILITAIRES

Cet engagement bénéfice en premier lieu à la formation des auditeurs, précise la diplomate :

« L’ouverture européenne des formations de l’IHEDN constitue un atout majeur pour ses auditeurs, en leur permettant d’appréhender concrètement les mécanismes de décision, les équilibres institutionnels et les dynamiques de coopération au niveau européen. En exposant ses auditeurs à des interlocuteurs de haut niveau issus des institutions européennes, de l’OTAN et des États membres, l’IHEDN contribue à former des décideurs capables d’évoluer dans un environnement stratégique de plus en plus intégré. »

La présence d’une représentation de l’IHEDN auprès de l’UE et de l’OTAN à Bruxelles permet également de renforcer les liens avec l’Alliance et de favoriser les échanges entre ces deux cadres essentiels de la sécurité euro-atlantique, tout en contribuant à une meilleure compréhension de leurs complémentarités.

In fine, c’est donc la sécurité collective européenne qui bénéficie des actions de l’Institut au niveau continental, comme le résume l’ambassadrice Bouchez :

« Depuis plusieurs décennies, l’IHEDN s’inscrit pleinement dans la dimension européenne des enjeux de défense et de sécurité. À Bruxelles comme dans les États membres, il contribue à rapprocher les cultures stratégiques nationales et à structurer un dialogue de haut niveau entre décideurs civils et militaires. »