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Diplômé de l’ESCP et de Sciences Po, ancien élève de l’ENA, Pierre Lévy a servi la diplomatie française pendant 41 ans, en particulier dans les domaines européen, économique et politico-militaire. Ancien directeur du Centre d’analyse et de prévision (CAP) et directeur de l’Union européenne au Quai d’Orsay, il a également été en poste comme ambassadeur en République tchèque (2010-2013) et en Pologne (2016-2019).
Nommé ensuite ambassadeur en Russie de 2020 à 2024, pendant une période marquée par la dégradation profonde des relations bilatérales et l’invasion de l’Ukraine, il a tiré de cette expérience exceptionnelle le récit « Au cœur de la Russie en guerre », paru fin 2025 chez Tallandier.
Élevé en 2022 à la dignité d’ambassadeur de France, Pierre Lévy a été nommé, par décret du président de la République, président du conseil d’administration de l’Institut des hautes études de la défense nationale à compter du 24 janvier 2026.
Vous évoquez dans votre livre une « autoradicalisation » du régime de Vladimir Poutine : en partant d’une « fierté légitime » d’être russe, se développent « ressentiment toxique », « révisionnisme intégral » et « agressivité désinhibée ». Comment ?
Tout chef d’État veut que son pays soit respecté, fasse entendre sa voix, vive en sécurité. Cette aspiration est parfaitement légitime. Simplement, dans le cas russe, il y a des éléments très spécifiques.
D’abord parce que dans l’idéologie nationale, il y a cette vision d’une hostilité multiséculaire de l’Occident à la Russie, pour l’affaiblir ou la détruire. Cette idée est extrêmement présente. Ensuite, pour réinstaller la Russie dans sa puissance, Vladimir Poutine avait l’alternative suivante.
Il pouvait choisir l’engagement constructif. Un pays est respecté parce qu’il apporte sa contribution à la paix et à la stabilité du monde : il contribue au développement, au règlement des crises, à la lutte contre le dérèglement climatique… La Russie avait beaucoup d’éléments pour, en quelque sorte, faire le bien. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle a certaines responsabilités, en particulier en matière de lutte contre la prolifération. La Russie, très active dans certaines crises régionales, par exemple la Syrie, avait des leviers. Elle pouvait aussi construire avec nous un espace de stabilité et de prospérité entre elle et l’Union européenne correspondant aux pays que Moscou appelait son « étranger proche ».
Mais vous avez une deuxième façon d’être un pays respecté : faire peur. C’est le choix qu’a fait Vladimir Poutine. Il veut une Russie qui soit forte et respectée non pas parce qu’elle est un actionnaire responsable du système international, mais parce qu’elle inspire la crainte, la crainte d’un pays nucléaire, la crainte d’un empire qui se reconstitue.
Pendant mon séjour en Russie, je crois avoir « déchiffré » le cheminement mental stratégique du président russe. La question ukrainienne est très ancienne, elle trottait dans sa tête depuis longtemps. La réforme constitutionnelle de juillet 2020, qui lui permet de se représenter pour deux nouveaux mandats et théoriquement de rester à la présidence de la Fédération jusqu’en 2036, a agi comme un déclic.
Avec son ressentiment contre l’Occident et son désir de régler définitivement la question ukrainienne, peut-être s’est-il dit à ce moment-là, « voilà, j’ai le temps devant moi, je veux maintenant travailler pour la postérité, laisser mon héritage, inscrire mon nom dans l’Histoire aux côtés de Pierre le Grand, Catherine II, Staline ».
« La Russie est toujours forte de nos faiblesses, divisions, errements qu’elle essaye d’exploiter »
Ensuite, il a regardé comment les choses se présentaient, c’est-à-dire évalué le rapport de forces. J’ai publié cet été dans Le Grand Continent un article sur le profilage de la Russie agresseur. Il analyse différentes agressions de la Russie, pour identifier un pattern, un modèle comportemental, comme la police le ferait pour un tueur en série.
Il faut garder à l’esprit les développements en 2021 : d’abord, aux États-Unis, les émeutes du Capitole le 6 janvier, qui montrent une forme de déliquescence de la démocratie américaine. Puis le retrait catastrophique d’Afghanistan. Au plan européen, le processus de Minsk, lancé en 2015 pour faire respecter le cessez-le-feu au Donbass et trouver une solution politique, patine, les États membres de l’Union européenne sont divisés sur la nécessité ou non de parler à Poutine… Tout cela a été suivi de très près par le Kremlin. Vladimir Poutine s’est donc dit que c’était peut-être le moment d’intervenir.
C’est exactement ce qu’il s’était passé pour la Géorgie. En avril 2008, le sommet de l’OTAN à Bucarest avait abouti à un compromis bancal et ambigu sur les relations entre l’Ukraine et l’OTAN ; et dès le mois d’août, la Russie a lancé sa guerre contre la Géorgie.
Pour remonter plus loin, le même schéma a été appliqué pour la crise de Suez en octobre 1956, avec les résultats qu’on connaît pour l’opération franco-britannique. Quelques semaines plus tard, en novembre, l’opération contre Budapest profitait d’une très profonde fracture transatlantique entre les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
Nous pouvons donc qualifier la Russie d’agresseur en série, et nous pouvons vraiment reconstituer une typologie pleine d’enseignements pour la suite. Il faut en retenir que la Russie est toujours forte de nos faiblesses, divisions, errements qu’elle essaye d’exploiter en passant à l’acte.
Concernant le rôle des services de renseignement dans le régime russe, vous parlez de noblesse d'État dans la structure du pouvoir…
Oui. C’est en quelque sorte une ossature du pouvoir. D’abord parce que, bien sûr, ces services jouent un rôle majeur en matière de sécurité intérieure et extérieure dans cette « forteresse Russie ».
Ensuite parce qu’ils constituent une pépinière d’agents qui ensuite irriguent l’appareil d’État et même la sphère économique. Le premier exemple étant bien évidemment Vladimir Poutine lui-même. Mais on voit aussi beaucoup de ces personnes occuper ensuite des postes à la direction de grandes banques ou chez Rostech, le holding de technologies, en particulier d’industries militaires.
Les services contrôlent même l’appareil idéologique. Ainsi, Sergueï Narychkine, le directeur du SVR, le service de renseignement extérieur, est aussi président de la Société d’histoire de la Russie. L’ex-ministre de la Défense Sergueï Choïgou est président de la Société de géographie russe.
Le gros des effectifs du FSB, les services de renseignement intérieur, ce sont les gardes-frontières. Quand vous arrivez à l’aéroport, ce sont des membres du FSB qui contrôlent votre passeport.
Le renseignement militaire, le GRU, n’a pas grand-chose à voir avec notre DRM dans ses modes d’action et ses missions. Enfin, la Rosgvardia est une sorte de garde prétorienne avec un ancien garde du corps de Vladimir Poutine à sa tête. Elle a été considérablement renforcée après avoir récupéré les armements lourds de Wagner à la mort d’Evgueni Prigojine.
Cet appareil est donc très important, et montre que le régime lui-même n’est pas monolithique. Il faut être très humble quand on l’analyse parce que c’est une boîte noire très opaque.
Au sein du pouvoir, il y a actuellement des débats entre, d’un côté, ceux qui veulent verrouiller le pays, lutter contre la moindre opinion dissidente, et de l’autre ceux qui pensent que les coupures régulières d’Internet et d‘applications très populaires comme Telegram peuvent avoir des effets politiques néfastes et faire baisser la popularité de Poutine, ce qu’on observe d’ailleurs depuis juin dernier, sur fond de dégradation de la situation économique.
Ces débats internes, on ne les voit pas vraiment, on en aperçoit quelques indices. Suivre ces évolutions est très intéressant, encore plus à l’approche des élections législatives, à la mi-septembre.
Vous écrivez que la guerre en Ukraine prime sur tout. En quoi la Russie pâtit-elle de ce choix stratégique ?
On peut analyser cette priorité accordée à la guerre au plan interne et au plan externe.
Au plan interne, la Russie est bien sûr dans une économie de guerre. Aujourd’hui environ 40% du budget fédéral serait consacré à la défense et à la sécurité, effort qui représenterait 8 à 9% du PIB. Il est difficile d’obtenir des chiffres fiables. Cet effort est sans doute sous-évalué.
Le pays en est arrivé à un point où une très grande partie de la société a intérêt à la poursuite de la guerre. Par exemple, les primes pour les contractuels au moment de leur engagement ou de leur décès représentent des sommes considérables au regard du salaire moyen, comme l’a montré en février l’économiste russe Vladislav Inozemtsev dans une note pour l’Ifri, en appelant cela « l’économie de la mort ». Il démontre qu’en Russie, on récompense plus la mort que la vie : toute l’économie, toute la société, est très orientée par l’entreprise guerrière.
Que se passera-t-il quand ces combattants reviendront, quand la guerre s’arrêtera ? On voit bien que cela crée énormément de déséquilibres sociaux, voire mentaux. Je pense que tout cela aura une incidence. Historiquement, la Russie est très mauvaise en période post-guerre. Dans les années 1945-50, Staline traitait très mal les anciens combattants, il se méfiait beaucoup d’eux ; il en a été de même plus tard pour les anciens combattants de la guerre en Afghanistan (1979-89). Par exemple, les Russes n’ont pas l’attention que nous portons au traitement du stress post-traumatique et à la réintégration dans la vie civile. C’est une grande question pour l’avenir de la Russie, que cette guerre transforme profondément.
Et au plan externe ?
La Russie est très affaiblie au plan international, du fait justement de cette priorité accordée à la guerre. D’abord, elle est dépendante de l’Iran et de la Corée du Nord, des pays qui cherchent ou ont déjà l’arme nucléaire. Sur ce plan, la Russie a abdiqué ses responsabilités internationales, puisqu’il y avait des sanctions contre le balistique nord-coréen. La Russie a mis son veto au Conseil de sécurité, en mars 2024, à la prolongation du comité de surveillance des sanctions.
Dans son étranger proche, regardez ce qui se passe avec la Géorgie, l’Azerbaïdjan qui s’affranchissent, ce dernier faisant la guerre à l’Arménie. L’Arménie, désormais, regarde vers l’Europe, ce qui crée une réelle furie à Moscou : ils étaient très mécontents de voir les grandes réunions européennes qui ont eu lieu en mai dernier à Erevan et la tentation européenne du Premier ministre Nikol Pachinian.
Enfin, voyez comme les amis de la Russie Poutine ont été mis à bas sans qu’elle ne bouge. Bachar el-Assad, bien sûr, qui maintenant se terre à Moscou. Nicolás Maduro est en prison aux États-Unis. Peut-être Cuba bientôt. Les Russes n’ont pas beaucoup bougé non plus pour l’Iran. Mais ils l’aident discrètement, notamment en matière balistique.
Qu'a changé pour la France le fait d'être catégorisée « État inamical » en Russie ?
Effectivement, la Russie a créé, en mars 2022, une catégorie d’« État inamical » qui n’existait pas dans les relations internationales, pour tous les pays européens et du G7. Cela a certaines conséquences, par exemple une restriction du dialogue et des contacts.
Il y a eu très vite une montée en tension avec les déclarations de persona non grata. Dès le printemps 2022, dans les pays européens, il y a eu une grande vague d’expulsions d’officiels russes qui n’avaient de diplomates que le nom, faisant en réalité un travail d’espionnage. La France a expulsé une quarantaine de Russes, dont 6 ont été pris la main dans le sac par nos services.
Et les Russes ont répliqué. Ils ont expulsé nombre de mes collaborateurs, bien choisis sans doute par le FSB pour nous faire mal le plus possible : des agents du Quai d’Orsay et d’autres administrations qui parlaient russe, les 3 officiers supérieurs, terre, air et mer, adjoints du général attaché de défense, et le chef du détachement de sécurité, un gendarme.
Et, ce qui est très intéressant, ils ont expulsé tous mes collaborateurs en charge des communications, ce qu’on appelait anciennement dans les ambassades le « service du chiffre », ainsi que la régisseuse : si vous n’avez plus de régisseur, vous ne pouvez plus engager des dépenses, recevoir des fonds. Ce qu’ils souhaitaient, c’est paralyser l’ambassade. Cette période a été très difficile à gérer d’un point de vue organisationnel et émotionnel, mais nous avons tenu bon.
Comment expliquez-vous la perméabilité de la justification russe de la guerre en Ukraine – se défendre face à une agression de l’OTAN – auprès d’une partie de la population française, qui la relaie volontiers ?
D’abord, il y a une très longue histoire entre la France et la Russie, entre la France et l’Union soviétique, qu’il ne faut pas oublier, et qui traduit aussi une forme d’intérêt réciproque, même de passion réciproque dans le domaine culturel. L’Histoire a beaucoup réuni la France et la Russie.
Je pense bien sûr à l’alliance avec l’empire russe, conclue en 1892, jusqu’à la révolution de 1917 puis pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire du régiment de chasse Normandie-Niemen est iconique de ces relations. Ensuite, il y a eu toute la période du général de Gaulle et de sa politique entre les deux blocs.
Un capital commun existe donc. Partant de cela, nous voyons deux évolutions. D’abord, les Russes jouent beaucoup sur ce substrat, y compris dans la flatterie à des fins manipulatoires, en rappelant la grande amitié franco-russe, la politique du général de Gaulle, et en regrettant que la politique actuelle de la France soit si éloignée de cette grande époque. Quand j’étais à Moscou, c’est un discours que j’entendais souvent.
Côté français, vous avez les passionnés, très admiratifs de cette histoire, très imprégnés par cette relation franco-russe. Et il y a des idiots utiles. Vous avez aussi des gens qui ont une vraie affinité idéologique avec la Russie poutinienne, qui coïncide souvent avec un anti-américanisme forcené et une attitude anti-européenne, sans même parler de certains partis politiques.
Il existe toute une gradation dans les positions, depuis ceux qui disent qu’on n’a pas suffisamment écouté la Russie, qu’elle a été humiliée après l’éclatement de l’Union soviétique, que nous l’avons provoquée, jusqu’à ceux qui considèrent qu’elle est en quelque sorte l’avant-garde d’une nouvelle Europe ultra-conservatrice, portant les valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent.
Le point commun entre ces positions est une conjonction entre être pro-Russie de Poutine et être anti-américain, anti-OTAN, anti-européen. Cela m’a beaucoup frappé quand j’étais ambassadeur : je le vivais au quotidien parce que j’avais bien évidemment des contacts avec la communauté française, avec certaines de ses figures, et des débats souvent pénibles et tendus.
« J’ai toujours été très chagriné – le mot est faible – par ces Français qui critiquent leur pays à l'extérieur »
Dans mes différents postes, j’ai toujours été très chagriné – le mot est faible – par ces Français qui critiquent leur pays à l’extérieur. Autant, bien évidemment, nous avons le droit de le faire, nous avons la chance de vivre en démocratie, mais tenir des propos critiques devant des étrangers m’a toujours beaucoup choqué. Ce sont des situations que j’ai rencontrées dans d’autres pays que la Russie.
Cela dit, je pense qu’il n’est pas facile aujourd’hui pour certaines forces politiques de se proclamer très ouvertement pro-Poutine. Mais il y a une forme insidieuse qui consiste à invoquer un pseudo-réalisme, vous voyez, avec un discours du type :
« Bien sûr, les Ukrainiens sont très courageux, mais enfin le combat est très déséquilibré et on ne fait que retarder leur défaite. On nous parle de guerre contre la Russie, ça n’a pas de sens, on ne va pas s’engager dans la Troisième Guerre mondiale pour l’Ukraine. »
Tout cela est très dangereux. Mais il faut aussi voir les choses de manière symétrique en se posant la question de savoir si la Russie ne nous a pas perdus, et pas seulement de savoir si nous avons perdu la Russie. Pour avoir vécu toute cette période à différents postes au Quai d’Orsay depuis le début des années 1990, je peux affirmer que nous avons fait beaucoup d’efforts.
Les Russes sont très bons pour créer une espèce de récit global victimaire, selon une logique inversée, d’un pays en légitime défense, un « narratif » pour reprendre un terme à la mode. Il se diffuse auprès de publics qui sont plus ou moins informés ou naïfs.
Je pense que beaucoup de travail a été fait pour intégrer la Russie dans le système international et créer un cadre de coopération avec l’Union européenne, au début des années 2000. Mais, avec le recul, je pense que la particularité de la Russie a été sous-estimée. C’est le plus grand pays du monde. On ne traite pas la transition politique et économique de la Russie comme on a pu traiter celle d’autres pays de l’ex-Bloc de l’Est qui ont eu la chance d’adhérer à l’Union européenne.
Des erreurs ont laissé des traces, comme la « thérapie de choc » appliquée à l’économie dans les années 1990 sous l’égide de l’universitaire américain Jeffrey Sachs, dont beaucoup d’oligarques ont profité pour faire fortune, dans une transition chaotique. Cela explique qu’aujourd’hui, il y a une vraie méfiance en Russie vis-à-vis du modèle d’économie libérale occidentale.
Vous avez été nommé à la présidence du conseil d’administration de l'IHEDN fin janvier. Quelles sont vos priorités pour vos trois ans de mandat ?
Je dois d’abord rappeler que la mission de l’IHEDN est reconnue pour son importance. Expliquer les enjeux de défense et de sécurité, renforcer l’esprit de défense. L’Institut est aussi renommé pour la qualité de ses cursus. J’ai découvert une équipe de grande valeur sous la direction du général Hervé de Courrèges.
Cette mission revêt une importance encore plus grande dans le contexte international actuel. Je me référerais simplement à ce qui doit être notre feuille de route, notre boussole, la Revue nationale stratégique (RNS) publiée en juillet 2025. Elle est bâtie autour d’un scénario dimensionnant lié à la menace russe et à la possibilité d’une guerre ouverte contre le cœur de l’Europe d’ici à 2030. Il est d’ailleurs explicitement mentionné qu’il ne s’agit pas d’une guerre sur le territoire national.
Notre mission, j’en suis convaincu, est de décliner tous ces aspects de la RNS dans les différentes dimensions, à la fois l’appareil de défense, la BITD, la résilience sociétale qui est fondamentale, la dimension européenne et la dimension transatlantique. Dans ce contexte, il y a bien évidemment la session nationale avec ses majeures, mais j’attache une très grande importance aux sessions en région et aux cycles jeunes. J’ai déjà eu l’occasion d’y participer.
C’est une grande originalité des interventions de l’IHEDN et il faut y accorder la plus grande attention, car nous avons vraiment une mission de pédagogie citoyenne : expliquer à nos compatriotes la situation actuelle avec la rigueur intellectuelle nécessaire, leur donner confiance en restant lucides.
Je pense que cette crise va se prolonger : même si la guerre s’arrête, la confrontation se poursuivra. Il faut nous attendre, à mesure que les troupes russes patinent sur le terrain, à des actions hybrides encore plus importantes et des actions de déstabilisation visant à affaiblir notre capacité collective à réagir, à miner notre pacte républicain, à influer sur nos choix électoraux, à mettre à l’épreuve la solidarité européenne et transatlantique.
« Les auditeurs sont investis d’une mission particulière pour partager et diffuser leurs connaissances dans la société »
Il est donc très important de travailler sur tous ces aspects pour faire en sorte que nos concitoyens soient parfaitement au courant des enjeux et soient bien préparés, mentalement, militairement et stratégiquement. Il importe de trouver le bon équilibre, puisque nous ne sommes plus en paix, mais nous ne sommes pas encore en guerre.
Quand on évoque concrètement ces questions, il faut toujours distinguer, d’un côté, le hardware et de l’autre côté le software. Le hardware c’est l’armée, les forces dont on dispose, les différentes armes. Et le software, c’est le logiciel stratégique que l’on utilise.
Vous pouvez avoir la plus belle armée du monde, si vous n’avez pas les concepts d’emploi et surtout la volonté politique de l’utiliser, cela n’a pas grand sens. C’est toute la question de la stratégie nationale, du développement d’une culture stratégique européenne qui est absolument fondamentale, et de la résilience sociétale.
Il est crucial de faire comprendre à nos concitoyens, chacun étant en responsabilité à son niveau, le sens de l’engagement individuel et collectif. Les auditeurs sont investis d’une mission particulière pour partager et diffuser leurs connaissances dans la société.
À chaque fois que je rencontre des anciens auditeurs, ils sont très enthousiastes, ils me racontent avec fierté leur expérience, me disent combien tout ce qu’ils ont appris à l’IHEDN a compté. C’est une réaction qui m’a beaucoup frappé depuis ma nomination. Vous avez compris que je suis, moi aussi, très fier et mobilisé pour contribuer, à ma place, à l’excellence de l’IHEDN.