Cette semaine, le général d’armée Jacques Langlade de Montgros, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), a accueilli les auditeurs dans l’amphithéâtre Foch de l’École militaire à l’occasion de la présentation des capacités de l’armée de Terre (PAT).
Lors de son allocution, il a présenté les principales orientations de l’armée de Terre pour l’année, ainsi que les évolutions des transformations engagées ces dernières années pour adapter les capacités de son armée au nouvel environnement stratégique et aux évolutions du champ de bataille.
Les auditeurs ont ensuite pu assister à des démonstrations dynamiques et statiques organisées dans la cour de l’École militaire. Ils ont ainsi découvert différents matériels et échangé directement avec les militaires engagés dans leur mise en œuvre.
L’occasion de faire un point de situation sur la section VULCAIN, qui s’inscrit dans cette démarche de transformation de l’armée de Terre.
Qu’est-ce que la section VULCAIN ?
Lancé en 2021, le projet VULCAIN vise à construire progressivement une capacité robotique aéroterrestre complète, dont l’emploi opérationnel et tactique doit être maîtrisé à l’horizon 2040.
La section VULCAIN a été constituée pour expérimenter les différents emplois possibles des robots et des unités robotisées. En lien avec les structures d’innovation de l’armée de Terre, elle évalue leurs gains opérationnels et tactiques, mais aussi leurs limites.
Il ne s’agit donc pas simplement de « remplacer le soldat par un robot ». L’enjeu est de déterminer comment l’homme et la machine peuvent agir ensemble, au sein d’une même manœuvre.
En effet, l’évolution des conflits et l’apparition massive de drones, de systèmes autonomes et d’intelligence artificielle transforment progressivement le champ de bataille. Pour l’armée de Terre, la robotisation peut notamment permettre d’exposer moins directement les combattants, d’accroître la masse disponible sur le terrain, de multiplier les capteurs et les effets et de répondre à certaines contraintes de la haute intensité. VULCAIN vise ainsi à anticiper cette transformation plutôt qu’à la subir.
Le projet cherche à répondre à des questions très concrètes :
- Quels systèmes robotisés employer ?
- Pour quelles missions ?
- Comment les intégrer aux unités de combat ?
- Quel niveau d’autonomie leur donner ?
- Comment préserver le contrôle humain ?
- Quels gains opérationnels peuvent-ils réellement apporter ?
Ces dernières années, le challenge CoHoMa (Collaboration Homme-Machine), organisé par le Battle Lab Terre et labellisé par l’Agence de l’innovation de la défense (AID), intégré au projet VULCAIN, met en application cette démarche. Chaque année, un exercice est organisé en simulant un scénario réaliste inspiré de situations de combat. Les équipes homme-machines, composées de la Task Force VULCAIN et d’organismes industriels, de recherche et de l’enseignement supérieur, doivent déjouer chaque piège et obstacle. Cela permet d’étudier la synergie entre les hommes et les machines, d’évaluer l’état de l’art du combat aéroterrestre robotisé et d’explorer concrètement les conditions d’intégration des systèmes automatisés dans les unités et manœuvres.
Comment VULCAIN s’inscrit-il dans la modernisation de l’armée de Terre ?
VULCAIN est une démarche spécifique consacrée à la robotisation, mais elle est complémentaire des autres grands projets de transformation de l’armée de Terre.
SCORPION : transformation du combat de contact et collaboratif, autour de la connectivité, de l’infovalorisation et de nouveaux véhicules. Le programme intègre déjà la robotique et les drones parmi les technologies susceptibles de faire évoluer les capacités futures.
TITAN : prolongement de SCORPION à l’horizon 2040, avec une ambition élargie du combat collaboratif aéroterrestre et le renouvellement du segment lourd.
MGCS : projet franco-allemand destiné à constituer le futur système de combat terrestre et appelé à prendre le relais du char Leclerc dans le cadre de cette transformation.
En résumé, avec VULCAIN, l’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de nouveaux robots. Il s’agit de penser dès aujourd’hui la manière dont les soldats, les véhicules, les drones, les robots et les systèmes d’intelligence artificielle pourront demain agir ensemble sur le champ de bataille.
Une transformation qui s’inscrit dans une trajectoire de long terme : expérimenter, apprendre, intégrer, puis massifier, pour conserver l’ascendant opérationnel à l’horizon 2040 et après.
Où en est VULCAIN en 2026 ?
Lorsque le mandat VULCAIN est signé en février 2021, l’armée de Terre se donne une trajectoire de près de vingt ans pour construire sa capacité robotique. L’objectif fixé est alors clair : expérimenter d’abord, intégrer progressivement la robotique dans les unités, puis parvenir à une capacité robotique aéroterrestre complète, dont les équipements, l’emploi et la tactique seraient maîtrisés. La feuille de route prévoyait ainsi une section expérimentatrice dès 2021, des unités pilotes en 2025, puis des unités robotisées opérationnelles à partir de 2030.
Mais le contexte stratégique et technologique a profondément évolué depuis cette première feuille de route. L’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022, a notamment marqué un tournant. Le conflit a donné une place centrale aux drones, aux systèmes robotisés, à l’intelligence artificielle et au traitement des données, tout en démontrant l’importance de la masse et de la capacité à produire et renouveler rapidement les équipements. Cette évolution a également changé le rythme auquel les armées doivent innover. Il ne s’agit plus seulement de définir aujourd’hui les équipements qui seront en service dans quinze ans, mais de pouvoir expérimenter rapidement, intégrer les retours d’expérience et faire évoluer les capacités au fil des progrès technologiques et des besoins opérationnels.
Aujourd’hui, en 2026, cette transformation entre dans une nouvelle phase. L’armée de Terre ne cherche plus uniquement à déterminer si les robots peuvent être employés au combat, mais comment les intégrer concrètement à une unité et à une manœuvre tactique.
Le projet Pendragon illustre cette évolution. Conduit conjointement par le Commandement du combat futur (CCF) et l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), il vise à expérimenter une unité de combat robotisée augmentée par l’intelligence artificielle, associant une vingtaine de plateformes terrestres et aériennes capables de coopérer de manière autonome. Une première démonstration opérationnelle est prévue en 2026, avant un déploiement initial en 2027.
En parallèle et en complémentarité, le challenge CoHoMa poursuit l’exploration des fondamentaux de la robotique tactique aéroterrestre.
L’armée de Terre conduit donc désormais plusieurs projets, chacun apportant un retour d’expérience différent sur la coopération entre les combattants, les drones, les robots et les systèmes d’intelligence artificielle.
La chronologie initiale a ainsi progressivement évolué, transformée au contact des réalités opérationnelles et des évolutions technologiques, mais la finalité reste la même : être opérationnel en 2040.