Retour sur la remise des Prix scientifiques de l’IHEDN, édition 2026

Publié le :

11 juin 2026
Le 9 juin, s’est tenue la remise des prix scientifiques de notre Institut. Quatre chercheurs ont été distingués pour la qualité, l’originalité et la portée stratégique de leurs travaux en thèse ou master. Les prix ont été remis par le directeur de l’IHEDN, lors d’une cérémonie au cours de laquelle chaque lauréat a prononcé un discours revenant sur ses travaux, motivations et perspectives, illustrant la richesse et l’importance du dialogue entre monde académique et stratégique.

L’IHEDN a récompensé cette année quatre chercheurs pour leurs travaux consacrés aux enjeux de défense et de sécurité. Parmi les 41 candidatures examinées par un jury scientifique indépendant – 26 thèses et 15 mémoires de master – leurs recherches se sont distinguées par leur qualité, leur originalité et leur apport à la réflexion stratégique.

Cette édition illustre la pluralité et la diversité des disciplines mobilisées pour penser les transformations contemporaines de la défense : droit, géopolitique, relations internationales, stratégie ou sciences politiques, témoignant du dynamisme de la recherche française dans ces domaines. Des regards complémentaires qui permettent de mieux comprendre les évolutions de notre environnement stratégique et d’éclairer les défis à venir.

Quatre travaux pour éclairer les enjeux de défense de demain

Le Prix de thèse a été décerné à Mathilde Velliet, pour son travail soutenu à l’Université Paris Cité et intitulé « Entre sécurisation et arsenalisation. La fabrique des politiques américaines de protection des technologies stratégiques face à la Chine (2009-2025) ». Cette thèse de langue et cultures des sociétés anglophones retrace le durcissement progressif de la politique technologique américaine face à la Chine. Elle explique comment les technologies sont devenues un outil central de la rivalité stratégique entre Washington et Pékin, au service de la sécurité nationale et du maintien de la suprématie américaine.

Le Prix de mémoire revient à Luka Aleksic pour son étude menée à l’Université Paris 8 – Institut français de géopolitique, « Les ambitions d’autonomie stratégique dans l’aéronautique de défense : une étude comparative des programmes Rafale, F-35, Eurofighter Typhoon et JAS 39 Gripen ». Ce mémoire de géopolitique du cyberespace et data science analyse comment la France, les États-Unis, les pays du consortium Eurofighter et la Suède conçoivent l’autonomie stratégique dans l’aéronautique de défense. Il met en évidence les arbitrages entre indépendance nationale, coopération industrielle et dépendances technologiques dans un secteur hautement stratégique.

Par ailleurs, un Prix spécial a été remis, ex æquo.

Victor Martignac est récompensé pour son travail « La constitution militaire. Étude critique du droit de l’engagement de l’armée de Terre sur le territoire métropolitain ». Cette thèse de droit public soutenue à  l’Université Panthéon-Assas  met en lumière les ambiguïtés juridiques actuelles, notamment autour des dispositifs comme Sentinelle, et interroge la fragilité des fondements constitutionnels encadrant l’usage de la force militaire en sécurité intérieure. L’auteur plaide pour une clarification du cadre juridique afin de mieux distinguer sécurité intérieure et logique de guerre.

Le second Prix spécial est attribué à Louis Perez pour sa thèse « La régulation juridique internationale de l’intelligence artificielle militaire ». Cette thèse, également de droit public à l’Université Panthéon-Assas, analyse les enjeux de la régulation juridique internationale de l’intelligence artificielle militaire. Son auteur propose une définition rigoureuse de l’IA, débarrassée des visions fantasmées de « super-intelligence », afin de mieux encadrer ses applications concrètes. Son travail souligne que la régulation doit avant tout porter sur les usages et les effets opérationnels des systèmes d’IA, notamment dans le domaine militaire, plutôt que sur la technologie elle-même.

Quatre recherches, une même ambition : comprendre les transformations de la défense

Si les travaux récompensés cette année portent sur des sujets et des disciplines très différents, ils se rejoignent sur un point essentiel : les enjeux de défense ne peuvent plus être appréhendés à travers une seule grille de lecture. Nouvelles technologies, compétition entre puissances, autonomie industrielle, droit, intelligence artificielle ou encore emploi des forces armées : les mutations actuelles de l’environnement stratégique imposent de croiser les regards et les expertises.

Le nombre inédit de candidatures étudiées cette année par le jury témoigne de cette richesse. Elles montrent également que la recherche universitaire s’empare pleinement des transformations qui affectent la défense et la sécurité, en proposant des analyses permettant de mieux comprendre les évolutions en cours et d’anticiper celles à venir.

À travers ses prix scientifiques, l’IHEDN contribue ainsi à développer et diffuser une culture de défense, en favorisant le dialogue entre les différents acteurs qui participent à la réflexion stratégique, et en renforçant les liens entre l’IHEDN et le monde universitaire. En donnant une visibilité à ces travaux et à leurs auteurs, l’Institut participe à la circulation des connaissances entre le monde académique, les institutions et les acteurs de la défense. Car comprendre les enjeux stratégiques contemporains suppose de pouvoir s’appuyer sur une recherche libre, exigeante et pluridisciplinaire. Récompenser ces travaux, c’est donc investir dans la réflexion stratégique de demain, encourager une nouvelle génération de chercheurs et contribuer à éclairer les choix qui façonnent la défense et la sécurité de la France.