La pédagogie de l’IHEDN, une exigence d’excellence au service de la cohésion nationale

Publié le :

15 septembre 2026
Depuis 90 ans, l’IHEDN forme à une culture de défense et de sécurité commune par une pédagogie originale visant à faire de l’auditeur un acteur de sa formation, capable de questionner, confronter, argumenter et construire une réflexion collective. Directrice des études et de la recherche de l’Institut, Živilė Kalibataitė détaille les origines, la continuité et les évolutions de ce modèle pédagogique.
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Docteure en science politique, Živilė Kalibataitė est spécialiste des questions de défense et de sécurité, en particulier dans l’espace baltique. Sa thèse, en cotutelle entre l’Université de Namur et l’Université Paris-Est et soutenue par la Direction générale des relations internationales et stratégiques (DGRIS), portait sur « La reconnaissance internationale par la projection de la force armée : le cas de la politique d’intervention militaire extérieure de la Lituanie (1994-2019) ». Elle dirige depuis septembre 2026 le département des études et de la recherche de l’IHEDN, après en avoir été la directrice adjointe.

Depuis 90 ans, l’IHEDN forme à une culture de défense et de sécurité commune, contribuant ainsi à la cohésion et à la résilience du pays. Sa devise, « comprendre pour agir, se comprendre pour agir ensemble », s’incarne dans un modèle pédagogique éprouvé et original, qui permet à chaque auditeur, quel que soit son profil, de mieux appréhender les enjeux stratégiques, de développer sa capacité d’analyse et de mobiliser ces acquis dans la décision et l’action. La pédagogie de l’IHEDN vise à faire de l’auditeur un acteur de sa formation, capable de questionner, confronter, argumenter et construire une réflexion collective.

De la première session, en 1936, réunissant 30 auditeurs, aux nombreux cycles, séminaires et sessions en 2026, qui rassemblent en tout plus de 2 500 auditeurs par an, l’excellence et l’exigence guident les finalités, les modalités et les évolutions pédagogiques de l’Institut.

Former à la culture de sécurité et de défense commune : les objectifs pédagogiques de l’Institut

Dans son discours inaugural du Collège des hautes études de défense nationale, prononcé le 15 octobre 1936, l’amiral Castex posa les fondements de ce qui continue d’animer les objectifs poursuivis par l’Institut depuis sa création, à savoir :

         « Réaliser l’union féconde de tous ceux qui participent à un titre quelconque à l’œuvre de défense nationale. Il ne doit y                 avoir entre eux aucune cloison. […] Et tout cela nécessite, naturellement, que l’on se connaisse, que l’on se soit pratiqué,                 que l’on ait vécu, travaillé, pensé et réfléchi ensemble. »

Au cœur de cette formulation se dessine déjà la vocation interministérielle et interdisciplinaire de la défense nationale, qui constitue l’une des pierres angulaires de la pédagogie de l’Institut. Face à la nature protéiforme des menaces susceptibles de peser sur la sécurité et l’intégrité du territoire, comme sur la vie de la population, la défense du pays doit en effet mobiliser des champs d’action multiples (militaire, diplomatique, économique, technologique, éducatif…). Dès lors, la formation à une culture de sécurité et de défense commune implique de porter un regard résolument ouvert sur ces enjeux, en croisant les approches, les expertises et les expériences.

L’IHEDN construit son projet pédagogique autour de ce dialogue des secteurs, des disciplines et des acteurs. Au sein de l’Institut, militaires et civils, chercheurs et praticiens viennent présenter, discuter et questionner les différentes dimensions de la défense nationale. La pluralité des sujets abordés et la diversité des profils des intervenants constituent ainsi une caractéristique essentielle de chaque cycle, séminaire et session de l’Institut.

Le décloisonnement des perspectives au service d’une compréhension globale des enjeux de défense et de sécurité est aussi favorisé par la composition même des promotions d’auditeurs. L’Institut veille à réunir des profils, des parcours professionnels et des expériences variés, issus des secteurs public comme privé, civil et militaire, de la recherche et de la société civile.

Cette démarche crée les conditions d’un dialogue et d’une confrontation féconde des points de vue. De ces échanges naissent un enrichissement mutuel, qui contribue à élargir les cadres d’analyse de chacun. La diversité des auditeurs représente ainsi une véritable ressource pédagogique à part entière.

Le triptyque pédagogique : un équilibre entre savoirs, expériences et réflexion collective

L’IHEDN fonde son modèle pédagogique sur un triptyque qui articule, dans une combinaison originale, les conférences-débats, les missions d’étude et les travaux de comité. Ce format permet à la fois d’acquérir des connaissances et de développer des compétences. Il invite aussi les auditeurs à prendre une part active à la formation et contribue à créer un sentiment d’appartenance, propice à l’engagement au-delà du temps de la formation.

Les conférences-débats offrent aux auditeurs un cadre intellectuel de compréhension et d’analyse. Elles permettent d’établir des constats, de partager des grilles d’analyse et d’identifier des problématiques, tout en croisant les expertises. Grâce à ce socle de connaissances, les auditeurs renforcent leur maîtrise des enjeux de défense et de sécurité et disposent des clefs de lecture pour en appréhender la complexité.

Pour mettre en perspective ces connaissances avec des expériences concrètes, les auditeurs participent en outre à des missions d’études. Lors de ces missions, ils rencontrent des acteurs publics comme privés, visitent des installations militaires et industrielles, réalisent des expériences d’immersion leur permettant de saisir, par la pratique, la diversité des réalités auxquelles sont confrontés les acteurs de la défense et de la sécurité. Les missions d’étude à l’étranger constituent, quant à elles, une possibilité singulière de croiser leurs grilles de lecture à des réalités extérieures et de saisir, de façon concrète, les enjeux stratégiques auxquels sont confrontés les pays partenaires de la France. Ces expériences de terrain consolident les acquis théoriques et contribuent au développement d’un esprit critique, contextualisé et résolument ancré dans le réel.

Les travaux de comité, troisième pilier du triptyque pédagogique, constituent probablement la modalité de formation la plus originale, mais aussi la plus exigeante et la plus transformatrice. Réunis en petits groupes, appelés comités, les auditeurs travaillent ensemble pour développer une analyse rigoureuse et formuler des propositions en réponse à des sujets complexes, souvent novateurs, toujours liés à des préoccupations réelles des autorités publiques. Grâce à une méthodologie éprouvée, les auditeurs acquièrent ainsi des compétences en matière d’analyse, d’anticipation et de décision, transposables dans leurs contextes professionnels.

Au-delà de l’acquisition de connaissances et de compétences, le triptyque pédagogique de l’IHEDN offre enfin à tous les auditeurs une expérience humaine singulière. Il crée les conditions d’un renforcement de la cohésion et de la résilience collectives, en favorisant un esprit éclairé et en promouvant un sentiment d’appartenance à une communauté engagée au service de la défense et de la sécurité.

Faire évaluer la pédagogie sans renoncer à ses fondamentaux : l’exigence d’excellence

La continuité et la stabilité des objectifs et des modalités pédagogiques de l’Institut ne riment pas pour autant avec monotonie et léthargie. La quête d’excellence repose au contraire sur une dynamique d’amélioration continue, qui conduit l’Institut à interroger régulièrement ses pratiques et à faire évoluer ses dispositifs. Le recueil systématique des appréciations des auditeurs, les retours d’expérience des équipes-projet, ainsi que le dialogue étroit avec les prescripteurs et les experts reconnus dans les domaines traités par l’Institut nourrissent cette démarche. Elle permet d’identifier des évolutions pertinentes, d’expérimenter de nouvelles approches et d’adapter les contenus des formations aux transformations des enjeux de défense et de sécurité.

Par exemple, des modalités de formation plus interactives, centrées sur l’apprentissage par l’expérience et la simulation, ont été introduites au sein de l’IHEDN au début des années 2020. Grâce à des exercices de mise en situation, des études de cas, des serious games ou encore des simulations de gestion de crise, les auditeurs sont placés en situation d’apprentissage actif. Ils doivent se positionner, argumenter et prendre des décisions, toujours en interaction avec les autres et dans un contexte mouvant et incertain.

La quête d’excellence s’accompagne aussi, au sein de l’IHEDN, d’un impératif d’intégrité intellectuelle. Quelles que soient les transformations pédagogiques apportées, l’exigence de rigueur, d’honnêteté et de responsabilité dans la production et l’utilisation des connaissances demeure au cœur de nos formations. Dans cette perspective, l’essor et la généralisation de l’intelligence artificielle nous invitent aujourd’hui à repenser nos pratiques et à renouveler nos approches pédagogiques dans le respect de ces exigences.