Épisode 1 : des voix historiques à l’IHEDN

Publié le :

2 août 2026
Pour ce premier épisode de notre série estivale sur les grands discours prononcés devant les auditeurs de l’Institut, quatre orateurs d’importance : l’amiral Castex et le général Mast, nos deux premiers directeurs, et les présidents De Gaulle et Kennedy.

À l’occasion du 90e anniversaire de l’IHEDN, nous publions cet été une sélection de discours prononcés devant les auditeurs entre les années 1930 et 1970 par des figures intellectuelles et historiques comme John F. Kennedy, Raymond Aron, Fernand Braudel, Léopold Sédar Senghor… Cette série en quatre épisodes permettra d’aborder l’histoire de l’Institut, les fondamentaux de la stratégie, la société française et ce qu’on appelle aujourd’hui le « Sud global ».

Vice-amiral Raoul Castex, allocution inaugurale du 15 octobre 1936

Service historique de la défense, cote GR 2N 279

Comme son titre l’indique, ce discours est le tout premier prononcé devant les auditeurs de l’Institut, au début de la toute première session nationale. Le vice-amiral Raoul Castex (1878-1968), premier directeur et grand théoricien militaire, accueille les auditeurs en revenant sur la création de ce qui est à l’époque le Collège des hautes études de défense nationale (CHEDN).

Ce n’est « pas une tâche facile » de « faire surgir du néant un tel organe en très peu de temps, en l’espace de deux mois pour tout dire, sans aucun précédent du genre » en France – il détaillera plus loin celui de l’Imperial Defence College britannique, créé en 1927. Il explique ensuite la notion même de défense nationale, dont les différents compartiments « s’influencent les uns les autres », et plonge dans l’histoire pour commenter des concepts stratégiques comme la guerre totale.

Il conclut sur l’esprit qu’il entend insuffler à ce nouveau collège : « Règnera ici un régime très large, que j’estime très fécond, de libre examen et de discussion indépendante. »

Général d’armée Charles Mast, allocution d’ouverture du 29 novembre 1948

Archives nationales de France, cote 20100024/7

Après le second conflit mondial, le CHEDN renaît fin 1948 sous son nom définitif d’Institut des hautes études de défense nationale. Son nouveau directeur, le général d’armée Charles Mast (1889-1977), s’est notamment illustré dans la préparation du débarquement allié en Afrique du Nord en 1942, avant de devenir résident général de France en Tunisie jusqu’en 1947.

Il prévient les auditeurs dans son discours : l’IHEDN « n’est pas une super École de guerre destinée à initier un certain nombre de personnalités civiles à la stratégie militaire » :

« Le but de notre Institut est tout autre. Il s’agit de préparer à leur mission les personnalités civiles ou militaires qui seraient appelées dès le temps de paix ou en cas de conflit à occuper un poste important soit auprès des membres du gouvernement ou à l’état-major de la défense nationale, soit dans les organes de direction de l’économie du pays (secteur nationalisé ou secteur privé). »

Il détaille ensuite l’organisation de l’enseignement, ancêtre des actuelles cinq majeures de la session nationale, les travaux de comité, et le secret attaché à certains travaux. Avant de conclure : « Une telle formation ne présente pas moins d’intérêt dans le cadre d’une économie de paix que dans celui d’une économie de guerre. »

Président de la République Charles de Gaulle, allocution d’ouverture du 3 novembre 1959

Archives nationales de France, cote 20100024/30

Charles de Gaulle (1890-1970) n’y fait aucune allusion dans ce discours, mais il a déjà un lien presque trentenaire avec l’IHEDN lorsqu’il s’exprime devant la session nationale en tant que président de la République, fin 1959. C’est en effet le chef de bataillon de Gaulle qui, dans un courrier du 20 avril 1931 au maréchal Pétain, avait préfiguré l’« ordre nouveau d’enseignement » concrétisé cinq ans plus tard par la création du CHEDN. Promu lieutenant-colonel, il en sera d’ailleurs l’un des premiers orateurs, le 22 octobre 1936.

Ce lien perdurera pendant toute sa magistrature suprême, puisqu’il s’adressera aux auditeurs de l’IHEDN quasiment chaque année jusqu’à sa démission en 1969. En ce 3 novembre 1959, à l’École militaire, il s’adresse aussi aux officiers des trois écoles de guerre et du Centre des hautes études militaires (CHEM), mais c’est le directeur de l’IHEDN, l’inspecteur général des finances Jean Essig, qu’il mentionne en premier.

Sa conclusion sonne comme une définition poétique de la notion de défense nationale, à hauteur de chef d’État : « Il n’y a pas de talent ni de génie militaire qui n’aient servi une vaste politique. Il n’y a pas de grande gloire d’homme d’État que n’ait dorée l’éclat de la défense nationale. »

Président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy, allocution d’accueil du 25 mars 1963

Archives nationales de France, cote 20100024/45

Lorsqu’il reçoit les auditeurs de l’IHEDN à la Maison Blanche, le président John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) est d’une courtoisie infinie avec ses hôtes, qui débutent une mission d’étude dans son pays. Face à lui, outre le directeur de l’IHEDN, le général d’armée Fernand Gambiez, se trouve l’ambassadeur de France à Washington Hervé Alphand, un pilier des relations franco-américaines resté près de dix ans à ce poste, en pleine Guerre froide.

« Vos frères d’armes des Forces armées américaines entendent vous recevoir cordialement dans toutes les bases que vous visiterez », assure le président américain tragiquement disparu huit mois plus tard :

« Vous constaterez, je le crois, que le peuple américain considère l’alliance française comme fondamentale pour notre sécurité, que nous estimons essentielle l’étroite coopération de la France et des États-Unis. »

Avec les mots et le contexte de l’époque, sa conclusion rappelle en effet la force du lien entre les deux pays : « Vous êtes les représentants d’une race guerrière et distinguée qui a prouvé depuis mille ans ses capacités militaires. Nous vous accueillons en ce pays comme des alliés et des amis qui luttent avec nous épaule contre épaule pour la liberté de l’Occident dans une période troublée. »

Prochain épisode de notre série « La plume et le bouclier » la semaine prochaine : « L’école de la stratégie ».

L’IHEDN remercie la Mission des archives auprès des services du Premier ministre et le Service historique de la défense pour avoir facilité l’accès à ces conférences.